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Insoumise ?

J’avais accepté avec plaisir l’invitation de la cellule France Insoumise du 5ème arrondissement, d’autant que l’événement devait se dérouler rue d’Ulm. Je remercie Marco de m’avoir accompagné, ce qui a permis de mettre en ligne non seulement ma conférence d’une demi-heure – qui ne devrait pas apprendre grand chose aux lecteurs habituels de ce site – mais aussi presque une heure d’échange avec la salle.

Comment allait réagir ce public particulier ? Nombre de mes amis s’attendaient à ce que je sois un peu « dans la fosse aux lions » et, évidemment, je n’ai pas été surpris par une certaine forme d’hostilité liée à un rejet viscéral de ce qui peut apparaître comme un instrument de cupide spéculation. En réalité les choses ont été un peu plus complexes, ce qui m’a conduit à écrire ce petit compte-rendu. D’autres reporting ont déjà été publiés par ailleurs (ici).

J’ai d’abord été frappé par l’hétérogénéité du public. Des jeunes (sans doute normaliens), des plus anciens, certains un peu rudes. Sur une petite quarantaine d’assistants, une bonne douzaine possédaient du bitcoin et presque tous avaient conduit des transactions, plusieurs détenaient des éthers. Pour autant ce clivage ne recoupait pas le précédent. Tout au long de la séance j’ai eu des réactions très contrastées : certains multipliant feulements et roulements d’yeux, d’autres affichant clairement leur intérêt. Pratiquement au nom des mêmes valeurs…

J’ai été un peu déçu par la faible ardeur mise à tenter de comprendre par rapport à l’énergie dépensée pour critiquer. A cet égard rien ne distinguait spécialement mon auditoire d’un autre : même enlisement sur le point de savoir si on pouvait acheter son bout de pain, même incapacité à imaginer ce qui peut se passer dans le vaste (et désormais cyber) monde qui pourrait échapper à leur bout de sens commun. Beaucoup de « on dit que ».

La relation au souverain comme tiers de confiance. Alors que le professeur Laurent Feller (Université Paris 1) venait d’expliquer fort savamment (voir son intervention) ce que la monnaie devait au sacré et à la loi, il me revenait de présenter notre monnaie qui fait bon marché de l’un et de l’autre. Et j’ai été fort surpris de voir chez des gens se réclamant de l’insoumission un tel attachement à l’Etat (voir vers 46′) à ses banquiers et à ses notaires. J’avais pourtant rappelé l’ironie acerbe dont Karl Marx – je connais mes classiques – avait abreuvé ces pauvres bougres de communards qui s’en étaient allés demander en tordant leur casquette entre les mains un crédit à la Banque de France. Cet épisode burlesque (lire ici, c’est savoureux et instructif) ne semble pas avoir ébranlé nos Insoumis, toujours fétichistes d’un Etat qui n’a pourtant été créé ni par eux ni pour eux.

J’ai bien tenté de noter que la « capture du régulateur » était assez avancée, que les carrières se déroulaient ostensiblement de la banque privée à la banque centrale et de la banque d’affaires au pouvoir politique, et que donc, non, il n’y avait aucune position de surplomb régalien sur tout cela, j’ai été accusé d’extrapoler. Pourtant, la France Insoumise s’en inquiète un peu (lire ici) mais mes Insoumis de ce soir là aimaient l’Etat quand bien même celui-ci ne les aime guère, ou comme faire-valoir.

Un véritable morceau d’anthologie a été l’intervention d’un homme qui s’est présenté d’abord comme rapporteur d’un groupe de réflexion de la France Insoumise ayant écrit un livret sur la Banque, avant de lâcher qu’il travaillait pour l’ACPR. Je recommande vraiment ce morceau. Tous les éléments de langage de l’ACPR y sont. Ce sont rigoureusement les mêmes à chaque fois, avec l’étude « irlandaise » sur l’énergie par dessus le marché. Seulement ici cela devenait par magie le résultat d’une cogitation collective d’un groupe de réflexion politique. On avait déjà vu la Caisse des Dépôts menant la révolution blockchain, on va maintenant avoir l’ACPR en experte ès insoumission.

Quand il en est venu à l’accusation de fraude fiscale, j’ai dit à ce Monsieur qu’il contribuait plutôt à nous rendre impossible la participation à la vie économique (paiement des impôts compris). Il faudra quand même un jour qu’on comprenne dans nos élites qu’il n’y aura pas de nation ICO si l’on ne peut y faire usage de ses bitcoins, qu’on ne fera pas usage de ses bitcoins s’il faut payer 66% de taxe, et qu’on n’y payera jamais de taxe s’il est impossible de rapatrier les euros reçus en vendant des bitcoins. A cet égard, la hargne de l’ACPR, et ses effets tétanisants sur les banques françaises rendent un bien mauvais service à notre pays.

Enfin j’ai eu l’inévitable missionnaire des monnaies locales complémentaires. Celle qui était annoncée en Skype n’ayant pu, sans doute, payer en grain de sel de quoi faire marcher son ordinateur s’était décommandée. Mais il y en avait une dans la salle. Je l’ai laissée parler sans trop répondre parce que ma conviction est faite : il est aussi inutile de les contredire que de discuter avec un témoin de Jéhovah. Leur visage rayonne et leur voix est douce : ils ont déjà trouvé, dans leur petit coin, de quoi sauver quelques dizaines d’adhérents.

On notera quand même que les monnaies locales complémentaires s’intéressent à « la technologie blockchain ». Sans commentaire.

La soirée s’est heureusement achevée sur un témoignage. Celui d’un jeune qui avait vu Bitcoin fonctionner en situation de crise (en Grèce) et s’y était intéressé, s’en servait, et n’avait acheté ni substances illicites ni tueur à gage. Un peu usé par une heure et demie de parlotte, j’ai sauté sur l’occasion pour en rester là !

« Bitcoin est une expérience », on ne saurait mieux dire ! 

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