Ce que la future présidente de la BCE dit de Bitcoin

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Christine Lagarde devrait donc succéder à Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne [1]. Depuis 2015 l’actuelle directrice générale du FMI s’est beaucoup exprimée autour de Bitcoin, des blockchains et des cryptomonnaies. Il nous a semblé utile de retracer ici l’évolution de ses positions à travers quelques citations choisies :

Novembre 2015 : « Beaucoup d’entre vous ont entendu parler non seulement de Bitcoin mais de la blockchain […] l’incroyable technologie qui sous-tend Bitcoin, comment tout cela est incroyablement pratique et sera à même de générer la confiance et d’identifier les acteurs quel que soit le pseudo qu’ils décident d’utiliser[…] Et beaucoup d’entre vous dans la profession sont effectivement inquiets de ce que ces technologies pourrait perturber massivement le système actuel […]. Tant que ces nouvelles technologies useront et abuseront des avantages de l’anonymat, je pense que le secteur bancaire a encore de beaux jours devant lui […]. » [A lire ici]

Janvier 2016 : « Bitcoin et les innovations associées » pourraient à l’avenir « perturber la politique monétaire » et faire peser une « menace importante sur la stabilité financière ». [A lire ici]

Septembre 2017 : A l’heure actuelle les monnaies virtuelles comme Bitcoin ne représentent pas encore de menace pour l’ordre existant des monnaies fiduciaires et des banques centrales. Pourquoi ? Parce qu’elles sont trop volatiles, trop risquées, trop énergivores, parce que les technologies sous-jacentes ne sont pas suffisamment scalables, que beaucoup d’entres elles sont trop opaques pour les régulateurs et que certaines ont été piratées. Mais beaucoup de ces défauts ne sont que des défis technologiques qui pourraient être surmontés avec le temps […]. Les gens préféreront peut-être un jour les monnaies virtuelles parce que potentiellement elles seront aussi peu coûteuses et aussi pratiques que le cash, sans risque de règlement, sans délai de compensation, sans enregistrement central et sans intermédiaire pour vérifier votre compte ou votre identité. Si les monnaies virtuelles émises de manière privée restaient risquées et instables, les citoyens pourraient même faire appel aux banques centrales pour leur fournir une version numérique d’une monnaie ayant cours légal. » [A lire ici]

Octobre 2017 : Interrogée sur les propos de Jamie Dimon, CEO de JPMorgan Chase, qui affirmait alors que Bitcoin n’était qu’une « fraude » et allait « imploser », Christine Lagarde a répondu qu’il ne fallait pas réduire ces monnaies numériques à la spéculation et aux schémas de type ponzi car « c’est beaucoup plus que cela. » Dans la même interview elle précise : « Je pense que nous sommes sur le point de voir des bouleversements massifs. La façon dont les nouvelles technologies diminuent les coûts pour rendre les transactions financières plus accessibles, même pour les très petits montants et pour les gens qui ne gagnent pas beaucoup, ne possèdent pas grand chose et ne réalisent que des petits emprunts […], je crois que c’est déjà massivement disruptif. » [A lire ici]

Février 2018 : « Je pense [qu’un cadre réglementaire] est inévitable […]. Nous devons clairement envisager une régulation basée sur les activités : qui fait quoi, qui a le droit de faire quoi et qui est régulé et supervisé de façon appropriée. » [A lire ici]

Mars 2018 : « Que la valeur du bitcoin augmente ou qu’elle diminue, tout le monde se pose la même question : quel est exactement le potentiel des crypto-assets ? La technologie derrière ces actifs, y compris blockchain, constitue une avancée passionnante qui pourrait aider à révolutionner d’autres domaines que la finance. Elle pourrait, par exemple, renforcer l’inclusion financière en fournissant de nouvelles méthodes de paiement à faible coût à ceux qui n’ont pas de compte bancaire et, dans le même temps, donner de nouveaux moyens d’action à des millions de gens dans des pays où le revenu moyen est faible. Ces avantages potentiels ont même conduit certaines banques centrales à envisager l’idée d’émettre elles-mêmes des monnaies numériques. » [A lire ici]

Avril 2018 : « L’engouement pour les crypto-actifs, dont le bitcoin, est comparable à la tulipomanie hollandaise du XVIIe siècle et à la bulle plus récente des sociétés “point-com”. Avec plus de 1 600 crypto-actifs en circulation, il paraît inévitable qu’un bon nombre d’entre eux ne survivent pas au phénomène de la destruction créatrice […]. Les crypto-actifs qui survivront à la sélection naturelle pourraient transformer nos habitudes d’épargne, de placement et de paiement, d’où l’importance pour les décideurs de garder l’esprit ouvert et de travailler à l’élaboration d’un cadre réglementaire équitable qui, tout en réduisant les risques, laissera place à la créativité […]. Pour distinguer les menaces réelles des craintes futiles, il sera essentiel de comprendre les risques que représentent les crypto-actifs pour la stabilité financière mondiale. Voilà pourquoi nous avons besoin d’un programme de réglementation équilibré qui atténuera les risques sans décourager l’innovation. En procédant avec lucidité, nous pourrons tirer parti des nouveaux horizons qu’ouvrent les crypto-actifs tout en en évitant les pièges. [A lire ici]

Avril 2019 : « Les “perturbateurs”, tout ce qui utilise les technologies de registre distribué (DLT), que vous les appeliez “crypto”, “actifs”, “monnaies” ou ce que vous voulez – et on est loin du bitcoin dont nous parlions il y a un an – secouent clairement le système. » [A écouter ici]

 


[1] C’est du moins ce qu’on décidé hier les chefs des Etats de la zone Euro. La décision devra être entérinée par le Parlement Européen.