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« Bitcoin, à son sommet, est-il sur le point de s’auto-détruire ? »

Extrait d’un article de Laura Shin publié sur forbes.com mercredi dernier et traduit aujourd’hui sur forbes.fr : « Le prix du bitcoin a explosé les derniers temps […], pourtant son ascension stratosphérique dissimule une réalité flagrante pour tous ceux qui travaillent dans cet écosystème : la communauté Bitcoin est en pleine guerre civile et, dans toute son histoire​, le risque de rupture n’a jamais été aussi fort, une situation qui n’est pas sans​ impact sur la valeur du bitcoin […].

La lutte de pouvoir qui sévit actuellement engendre une telle augmentation des frais que, pour certains types de transaction, le bitcoin est presque inutilisable. Les transactions qui ne devraient prendre que dix minutes prennent des jours ou ne passent pas du tout, et le coût moyen des frais est de 4,75 dollars – une évolution négative pour un réseau dont les promoteurs se sont un jour vantés du fait qu’il était moins cher que Visa.

Ce qui est encore plus alarmant, c’est qu’un flot d’argent frais se déverse sur ce nouveau type d’actif, mais que les entreprises se détournent de plus en plus du bitcoin en faveur d’autres blockchains. Ce qui signifie qu’un grand nombre de transactions qui pourraient être effectuées sur Bitcoin, dont le prix grimpe, vont maintenant être effectuées sur d’autres réseaux […]. La masse monétaire du Bitcoin représente désormais moins de 45% de l’ensemble des crypto-monnaies [après avoir été] proche de 90 % pendant des années […]

Pour Mike Belshe, directeur général de BitGo, “de bien des manières le bitcoin connait déjà une rupture. Beaucoup de gens ne l’utilisent plus. Ils convertissent leurs bitcoins en une autre crypto-monnaie… Si le bitcoin avait été efficace sur tous les plans il y a deux ans, en répondant aux besoins de toutes ses composantes, verrions-nous apparaître ces nouvelles monnaies ? Le Bitcoin avait le marché pour lui seul, ce n’est plus le cas aujourd’hui.”

 

Pourquoi est-il improbable que le Bitcoin trouve une solution rapidement ?

Pour comprendre comment le bitcoin est passé d’une controverse longue de deux ans à une guerre sans merci, il nous faut d’abord faire un retour sur la théorie du bitcoin. Comme je le notais alors, “la magie du bitcoin consiste en la capacité qu’ont plusieurs joueurs présentant des intérêts différents de prendre part à un système qui jusqu’à présent a débouché sur un résultat optimal pour chacun d’eux.” Comme on s’y attendrait, cependant, quand des groupes présentant des intérêts opposés doivent interagir les uns avec les autres, la tension monte. Alors que dans d’autres projets diverses parties présentant des objectifs opposés peuvent toujours se séparer, dans le projet bitcoin nul ne veut quitter ce qui a jusqu’alors été hautement lucratif pour chacun. Si le bitcoin a de nombreuses composantes, l’une des plus importantes se sont les développeurs, qui sont en quelque sorte les concepteurs du jeu. Un autre groupe d’une importance majeure se compose d’entités qui gèrent le réseau bitcoin depuis leurs ordinateurs (appelés “mineurs”), ils sont considérés comme les opérateurs du jeu.

Il y a un an et demi, dans le cadre de ce qui s’est fait connaître par le nom d’Accord de Hong Kong, certains des développeurs et des opérateurs de jeu / mineurs ont mis au point un accord sur la façon de permettre plus de transactions sur le réseau à toute heure. Dans cet accord un élément du nom de SegWit intéressait les développeurs, de même qu’un élément additionnel voulu par les opérateurs de jeu, appelé cap 2Mo. SegWit organise les transactions de manière plus efficace, permet notamment davantage de transactions sur le réseau [et ouvre la possibilité de transactions illimitées par le Lightning Network], alors que faire passer le plafond de 1Mo to 2Mo ne fait que permettre de recevoir plus de données.

Cet accord a ensuite été désavoué par l’ensemble des développeurs/concepteurs, en expliquant cela par le fait que certains individus en dehors de leur groupe ne l’avaient pas approuvé. Ils ont après cela commencé à ne préparer que le changement de concept qu’ils désiraient, soit SegWit. Cependant, ils ont besoin des opérateurs de jeu/mineurs pour l’utiliser, et d’une entreprise en particulier, du nom de Bitmain. Bitmain, dirigé par Jihan Wu, fabrique aussi des équipements de minage et a fait main mise sur son implémentation, en essayant de forcer les développeurs à supprimer la limite de la taille des blocs.

Le mois dernier, 58 entreprises réparties dans 22 pays et rassemblées par l’un des plus grands investisseurs dans le domaine, Digital Currency Group, dirigé par Barry Silbert, ont établi un compromis qui n’était essentiellement qu’une révision de l’accord de Hong Kong. Bien qu’une puissance économique importante puisse reposer sous ce qui est maintenant appelé l’accord de New York, aucun des principaux développeurs ne l’a signé. Le grand développeur de Bitcoin Eric Lombrozo considère que le coeur de Barry Silbert “bat pour la bonne cause”, mais qu’au bout du compte “l’accord de New York n’est peut-être pas du tout la solution pour régler ces choses.” Le week-end dernier, Lombrozo a finalement rédigé un texte dans lequel il déclare n’avoir “plus confiance du tout en Jihan Wu et Bitmain.”

Les développeurs et mineurs n’ayant toujours pas trouvé une façon d’avancer, nous en venons au troisième groupe, et le plus important dans le fonctionnement de Bitcoin : celui des utilisateurs. Ce groupe exerce le contrôle ultime. Si le bitcoin se séparait en deux monnaies, les utilisateurs détermineraient lequel est le “véritable” bitcoin simplement en choisissant de faire plus de transactions avec l’un des deux, augmentant ainsi son prix. Cependant, les développeurs de Bitcoin et les mineurs n’ont aucune façon de déterminer par avance la version du bitcoin vers laquelle les utilisateurs se tourneraient […]. Certains utilisateurs qui soutiennent les principaux développeurs et sont mécontents du fait que Bitmain ait entravé l’adoption de SegWit, ont décidé d’essayer d’arracher le contrôle des mains des mineurs. Ils tentent de trouver un moyen de forcer l’activation de SegWit par ce qu’ils appellent un “user-activated soft fork” (UASF) une sorte de déclaration de guerre aux mineurs […]. Les utilisateurs pourraient soutenir cette idée, mais il n’est pas sûr qu’ils recueillent le soutien nécessaire à son accomplissement. Elle ne reçoit pour le moment que 22% de soutien de la part d’entreprises du secteur, et sa date limite est fixée au 1er août.

D’autres propositions de “scalabilité” sont dans l’air, mais parce qu’elles sont plus récentes, le calendrier nécessaire pour les examiner et préparer le codage est encore plus long que pour les propositions présentées plus haut ; il est donc improbable que l’une ou l’autre d’entre elles soit adoptées dans un avenir proche.

La raison principale pour laquelle aucune de ces propositions ne semble être en mesure d’être adoptée est que, comme l’explique Paul Sztorc, un développeur bitcoin et économiste à l’origine de l’une de ces alternatives, “le bitcoin ne peut fonctionner à moins que les développeurs et les mineurs ne travaillent ensemble” – et à ce jour aucune des propositions n’a reçu de soutien de la part des deux camps.

 

Les startups s’en détournent, mais les retombées ne sont pas claires

Les atermoiements et frais élevés motivent déjà les entreprises à quitter le bitcoin, ou à ne pas construire sur cette base […]. Les ICO (Initial Coin Offering) se déroulent sur d’autres blockchains […]. Pour lancer son token “Basic Attention” la semaine dernière, le navigateur Brave est passé à Ethereum après avoir pourtant commencé sur Bitcoin. Le réseau social “Yours” est lui-même passé du bitcoin à Litecoin à cause des frais élevés. Bitcart, une entreprise de carte cadeau basée en Irlande qui acceptait des paiements en bitcoins a dû abandonner la monnaie digitale la semaine dernière du fait des problèmes techniques du réseau et malgré des volumes de seulement 100 000 dollars environ de ventes en un mois. Il y a un an, l’entreprise a commencé à souffrir de grands retards de paiements […].

L’impact que la fin de ces activités économiques aura sur Bitcoin est incertain. Quand on y regarde de près, il semble incongru que le bitcoin puisse atteindre des sommets à tous les niveaux alors que la communauté est au milieu d’une guerre civile sans perspective de paix. Chris Burniske, le responsable des actifs digitaux chez “ARK Investment Management” […] constate que le prix est le reflet des problèmes auxquels le réseau fait face. “Bien que le bitcoin parvienne à de nouveaux sommets, il est en train de tomber précipitamment de son statut de dominant du marché des monnaies cryptographiques”, dit-il. “il est en sous-performance.”

L’analyste Chris Burniske présume que la raison pour laquelle le bitcoin a connu une telle ascension relève du fait que la somme de nouveaux bitcoins a été diminuée par eux l’été dernier. Le protocole Bitcoin divise par deux, tous les quatre ans, le nombre de nouveaux bitcoins produit chaque jour. La précédente diminution, en 2012, a été suivie par une hausse l’année suivante. “Nous avons diminué le taux annuel par deux, mais la demande de bitcoin continue généralement d’augmenter,” explique-t-il, “J’étais embarqué dans cette croisade du bitcoin avec des gens provenant de 20 nations différentes. Au Venezuela, les gens se moquent d’Ethereum. Ils ne veulent que Bitcoin. Tout le monde, chez nous, est très motivé par Ethereum, mais quand vous tentez d’expliquer cela à l’échelle mondiale, Bitcoin est beaucoup plus connu qu’Ethereum.” Concernant les frais de transaction élevés, il considère cela prouve combien les gens sont prêts à payer pour utiliser le service[…].

Selon Sztorc, “Ceux qui font beaucoup de transactions – les entreprises – perçoivent l’intensité de l’urgence. Elles sont presque atteintes de stress post-traumatique, car ils reçoivent sans cesse des appels de la part de personnes se plaignant du fait que leurs transactions ne passent pas. Mais d’autres sont d’une sérénité à toute épreuve. Ils se disent que c’est la façon dont le système doit fonctionner. Les gens qui peuvent payer les frais appropriés réussiront à s’en servir. Ils diront que les micro-transactions ne sont que du spam… Ainsi, pour certains, ce bouleversement est terriblement stressant, mais pour d’autres, tout se déroule à merveille.”

 

Source : forbes.com

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