Bonne année 2026 !

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N’en déplaise à ceux qui annoncent la « mort des cycles », l’année 2025 aura bien été celle du sommet et du repli, confirmant que Bitcoin reste pour l’instant plus ou moins conforme au schéma quadriennal auquel il nous a habitués. Alors certes, on est loin des amplitudes du passé – à la hausse comme à baisse – et si l’ATH (All-Time High) est resté bien en deçà des 350 000 dollars annoncés par les modèles les plus fantaisistes. On peut donc légitimement espérer que la baisse sera également moins extrême que celles des cycles précédents [1].

Moralité pour le cycle du « halving » : jusqu’à preuve du contraire, il est encore d’actualité. Cela ne signifie pas qu’il existera toujours, mais cela nous met dans de meilleures dispositions pour la suite. Pour un bitcoiner convaincu, s’attendre au pire ne présente pas de risque puisqu’il ne s’agit pas de vendre, mais d’acheter ou de rien faire en attendant le retour du printemps cryptographique.

Année noire en France

Pour les bitcoiners français, cette année 2025 fut, à bien des égards, une année noire. On a provisoirement échappé à une taxe sur un capital latent avec double imposition [2], ainsi qu’à un amendement qui aurait imposé aux détenteurs de bitcoins de déclarer la valeur vénale de leurs actifs [3]. On n’a pas échappé cependant à une hausse de la taxe sur les plus-values issues de la vente de bitcoins, pourtant déjà l’une des plus élevées d’Europe et pesant lourdement sur l’attractivité du territoire. Mais le pire n’est pas là.

Le pire ce sont les attaques physiques et ciblées dont ont été victimes certains détenteurs d’actifs numériques ou leurs familles : extorsion, enlèvement, torture dans les cas les plus extrêmes. En France, la détention d’actifs numériques est devenue un vecteur d’insécurité personnelle.

La surveillance comme vecteur de risque

Mais heureusement, l’Etat nous protège (ou du moins, il le prétend) : L’année 2025 fut celle de l’application pleine et entière de la Travel Rule (depuis décembre 2024) qui impose l’échange systématique des informations des utilisateurs de plateformes « crypto ». S’y est ajoutée la transposition de la directive européenne DAC8 dans le code des impôts (en vigueur à partir du 1er janvier 2026), multipliant les opportunités pour les hackers.

Car l’année 2025 fut aussi le théâtre de nombreuses fuites de données massives : le Ministère de l’Intérieur, trois Agences Régionales de Santé, Bouygues Telecom, France Travail, ou encore la Fédération Française de Tir… Ces bases de données centralisées, bientôt complétées par des informations ultra-précises sur les détenteurs d’actifs numériques, sont devenues les nouveaux catalogues de prospection pour la cybercriminalité et le grand banditisme [4].

Et Bitcoin ?

Loin de l’agitation médiatique, l’année 2025 a marqué une étape décisive dans la maturité technique de Bitcoin, articulée autour de trois piliers : la performance, la sécurité et la décentralisation. Voilà quelques points clés extraits du bilan annuel de Bitcoin Optech :

Une infrastructure plus rapide et modulaire : Le réseau a gagné en efficacité avec l’arrivée de SwiftSync, qui accélère par cinq la synchronisation initiale des nœuds, et la validation d’Erlay, réduisant drastiquement la bande passante nécessaire au relais des transactions. Cette quête de légèreté a été marquée par la publication des premiers brouillons de BIP pour Utreexo, visant à permettre de faire tourner un nœud complet sur des appareils aux ressources limitées. Parallèlement, le protocole est devenu plus modulaire grâce à l’API C du Bitcoin Kernel, tandis que la gouvernance a été clarifiée par la réforme du processus BIP3.

Sécurité avancée et résistance aux menaces futures : La protection contre les menaces à long terme est devenue une priorité. Le standard BIP360 (P2TSH) a été finalisé pour préparer Taproot à l’ère post-quantique, soutenu par une feuille de route stratégique de transition. Sur le plan de la confidentialité et de l’efficacité des scripts, le nouveau schéma de signatures DahLIAS et les contrats Garbled Locks ont introduit des méthodes plus discrètes pour gérer les transactions complexes hors-chaîne en masquant la nature même de la dépense.

Économie du réseau et lutte contre la centralisation : Pour protéger l’écosystème Lightning, l’année a vu la validation par simulation de nouveaux mécanismes de frais de rétention et frais upfront, visant à stopper les attaques par saturation de canaux (Channel Jamming). Enfin, sur le protocole Bitcoin, la proposition MEVpool a jeté les bases d’un marché de modèles de blocs décentralisé, essentiel pour empêcher que l’extraction de valeur par les mineurs (MEV) ne nuise à la neutralité du réseau et ne favorise une concentration excessive.

Que 2026 soit l’année de la souveraineté retrouvée et de la résilience technique.

Bonne et heureuse année 2026 !


 [1] Avec l’institutionnalisation massive du bitcoin, via, notamment, les ETF, on peut peut-être espérer une réduction de la volatilité au prix d’une croissance moins explosive.

 [2] Celui qui vend pour payer un impôt sur le capital n’est pas exonéré de la flat tax.

 [3] A partir de 5000 € selon cet amendement.

[4] L’insécurité chronique des serveurs centraux, aggravée par une règlementation basée sur la surveillance de masse, n’est pourtant pas une fatalité. Des dispositifs techniques comme la systématisation du Zero-Knowledge Proof (ZKP), ou « preuve à divulgation nulle de connaissance » pourraient en effet permettre de répondre à une partie du problème en évitant le stockage massif de données sensibles chez des tiers, qu’ils soient privés ou institutionnels, tout en garantissant la conformité réglementaire. Il devient impératif d’agir en ce sens : le maintien d’une telle architecture de surveillance est une bombe à retardement politique. Tôt ou tard, en France ou ailleurs en Europe, cet arsenal législatif et technique finira par tomber entre les mains d’un gouvernement illibéral, porté au pouvoir par une population exaspérée, offrant alors à l’arbitraire des outils de contrôle social sans précédent.