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Une classification des monnaies décentralisées

Beaucoup de gens l’ignorent, mais il existe des centaines des monnaies décentralisées similaires à Bitcoin. Parmi elles, plusieurs dizaines sont certainement viables et apportent des avantages indéniables, tant par rapport à Bitcoin qu’aux monnaies traditionnelles.

La plupart du temps, on a tendance à décrire (et à classifier) ces monnaies en fonction des algorithmes sur lesquels elles reposent ou de leurs principes de fonctionnement. On dira par exemple qu’une monnaie utilise X11 et s’appuie sur le principe de « Proof of Work », signifiant simplement que c’est la puissance de calcul des ordinateurs qui forment le réseau de cette monnaie qui sert à sécuriser les transactions, et que ces calculs sont basés sur l’algorithme cryptographique X11.

Bien que ces élément soient importants, ils relèvent du jargon technique et intéressent davantage investisseurs et spécialistes que le commun des mortels. Une monnaie n’est pas uniquement faite pour être minée et il est à mon avis plus intéressant de séparer les monnaies décentralisées en fonction de leurs usages les plus évidents.

On peut ainsi établir la classification suivante, en considérant avant toute autre chose ce à quoi doit – ou peut – servir chaque monnaie.

 

Les monnaies « infrastructures »

Ce sont des « poids lourds », qu’on ne devrait d’ailleurs pas appeler « crypto-monnaies » car leur ambition va bien au delà du simple moyen de paiement. Ce sont davantage des plates-formes ou, si l’on veut, des « méta-monnaies ». Souvent surnommées « Bitcoin 2.0 », ces projets visent à construire de véritables alternatives aux systèmes financiers existants, en généralisant les principes inhérents aux crypto-monnaies (décentralisation, sécurisation, consensus distribué…) à tous types d’applications : marchés décentralisés, smart contracts (contrats malins), actifs cotés et échangeables, etc. Ce ne sont/seront pas des « monnaies » très simples à utiliser par le grand public, et elles se destinent plutôt à des usages professionnels ou semi-professionnels, mais d’autres monnaies plus accessibles, elles-mêmes basées sur ces protocoles et plates-formes, devraient voir le jour.

On ne compte qu’une petite dizaine de crypto-monnaies dans cette catégorie, mais ce sont celles qui sont susceptibles d’apporter les changements les plus profonds :

NXT (le projet le plus avancé aujourd’hui)
Ethereum (très attendu, mais n’a encore rien livré)
Bitshares
Ripple
Maidsafecoin
Stellar
Counterparty
Tether
NuBits/NuShares
CryptoNote (principalement dédié à la création de crypto-monnaies anonymes, cf. ci-dessous)

Les monnaies « vraiment alternatives »

Elles sont très similaires à Bitcoin, à ceci près qu’elles apportent des améliorations ou innovations supplémentaires, par exemple des durées de vérification des transactions moins longues ou des services de change intégrés au porte-monnaie. Elles restent relativement simples à utiliser et forment des solutions complètes, méritant ainsi l’appellation de véritables « alternatives » à Bitcoin.

A bien y regarder, les monnaies de ce type, stables, basées sur des équipes de développement solides, offrant une réelle ergonomie d’utilisation et déjà acceptées par des marchands, ne sont pas aussi nombreuses qu’on le croit. On en compte (à mon avis) une douzaine, au plus une vingtaine, par exemple :

Litecoin
Blackcoin
Vericoin
Peercoin
Darkcoin
Digibyte
Megacoin
– …

Les monnaies « sociales »

Ce sont des monnaies simples, principalement conçues pour s’échanger facilement de petits montants financiers entre internautes (« social tipping », ou « pourboire social »), notamment au travers des réseaux sociaux existants. Elles ne prétendent donc pas remplacer des systèmes existants,  et ne seront probablement jamais acceptées par des magasins physiques, mais elles sont un bon exemple de ce que permettent de faire les crypto-monnaies et que ne permettent aucun autre moyen de paiement.

C’est à mon avis l’une des catégories les plus intéressantes, et aussi celle qui a le plus de potentiel à court terme. En fait, cette catégorie constitue la « killer application » qui manquait pour démocratiser le principe de crypto-monnaie et généraliser leur usage. Les crypto-monnaies de ce type pourraient être à Bitcoin et aux monnaies alternatives ce que les blogs ont été pour le Web : un moyen simple et accessible à tous pour y devenir actif, et ainsi mieux en comprendre l’intérêt et la puissance. Il faut noter que les crypto-monnaies de cette catégorie, plus que toutes autres, sont en compétition directe et leurs promoteurs vont se battre férocement pour imposer leur monnaie comme « moyen de micro-paiement universel ».

Si vous n’avez jamais utilisé de crypto-monnaie, c’est le meilleur moyen pour s’initier : ces monnaies sont simples à comprendre et à utiliser (parfois avec seulement un smartphone).

Il en existe une demie-douzaine :

Reddcoin (l’une des plus avancée me semble-t-il)
Sendcoin
Gemz
Neucoin (vient de lever 2,2 millions de $ auprès de prestigieux investisseurs)
Dogecoin (beaucoup plus ancienne et importante que les autres en volume – un cas particulier, qui pourrait peut-être figurer dans la catégorie précédente)

Les monnaies « shopping »

Même si l’on peut arguer que toute crypto-monnaie a la velléité de devenir un jour un outil utilisé pour acheter biens et service, certaines d’entre elles sont plus axés sur cet aspect que d’autres. Ces monnaies se développent avec l’objectif affiché de devenir un nouveau moyen de paiement plébiscité pour faire des achats (online ou dans la vraie vie), et leurs créateurs vont donc mettre l’accent sur les partenariats avec des marchands, fournir des cartes de crédit compatibles avec leur monnaie, ou mener des démarches marketing actives ciblant le grand public.

Souvent lancées par des entreprises, elles peuvent être à large spectre (permettre de tout acheter), ou très spécialisées sur un secteur précis. Il en existe sans doute quelques dizaines mais, là aussi, la plupart ne sont pas viables. Il est en outre probable que de gros acteurs du commerce en ligne s’essaieront un jour sur ce terrain, proposant leurs propres crypto-monnaies.

Exemples :

ZiftrCoin (qui bénéficie déjà d’une base de marchands importantes et vient de lever 800.000$ pour poursuivre son développement)
Paycoin (qui fait l’objet d’une très vive controverse, mais qui repose pourtant sur des ambitions pertinentes)
PotCoin (ciblant le marché du cannabis légal)
SexCoin (ciblant le marché des produits pour adultes)
QuicksilverCoin (monnaie uniquement utilisable pour payer les taxis) http://quicksilvercoin.co
– …

 

Les monnaies « locales »

C’est un cas particulier des catégories précédentes, mais plusieurs projets ont cherché à créer des crypto-monnaies uniquement destinées aux habitant d’un pays donné. A ma connaissance, aucun de ce projet ne peut prétendre avoir été un plein succès à ce jour (et plusieurs sont même des projets « morts »), mais la démarche mérite quand même une catégorie à part.

Exemples :
Auroracoin (Islande)
FimKrypto (Finlande)
SpainCoin (Espagne)

 

Les monnaies « anonymes »

Beaucoup de personnes, en particulier dans l’univers des crypto-monnaies, estiment que l’anonymat est un droit fondamental. On peut en débattre, mais le fait est qu’il n’y a aucune raison pour qu’un moyen de paiement électronique soit moins anonyme que ne le sont billets et pièces de monnaies utilisés aujourd’hui. C’est pourtant le cas : qu’il s’agisse de transactions par carte bancaire ou d’autres solutions existantes comme PayPal, banques, marchands et sites d’intermédiation connaissent (et conservent) de nombreuses données relatives à l’identité des internautes et aux achats qu’ils effectuent. Cela n’est d’ailleurs pas propre à Internet : des scientifiques ont récemment démontré qu’il suffit de connaître quatre achats (réputés anonymes) effectués par un individu avec sa carte bancaire pour l’identifier de façon unique parmi plus d’un million de personnes…

Quoi qu’il en soit, plusieurs crypto-monnaies ont été créées uniquement pour servir de moyen de paiement purement anonyme, protégeant tant l’identité de l’utilisateur que ses transactions.

Certaines de ces monnaies méritent de figurer dans la catégorie des monnaies « vraiment alternatives » (car étant réellement utilisables), mais le fait qu’elles soient nombreuses, que leur usage soit spécifique et qu’elles soient souvent un peu plus complexes à utiliser que des crypto-monnaies à plus large spectre les prédispose à former une catégorie à part entière.

Exemples, parmi les principales :
BitcoinDark
Shadow
Anoncoin
StealthCoin
Bytecoin, DarkNote, Monero ou d’autres (toutes basées sur CryptoNote)

 

Les monnaies « instruments financiers »

Ce sont évidemment les crypto-monnaies les moins « grand public », puisqu’elles s’adressent avant tout aux investisseurs, traders et mineurs. C’est un secteur encombré, avec des centaines de monnaies ou projets dont beaucoup n’ont à mon avis aucun avenir à long terme. Une large part de ces monnaies sont seulement utilisées pour être « minées », c’est-à-dire générées par calcul informatique, avant d’être vendues sur les places de marché et échangées contre des bitcoins ou des monnaies plus pérennes (certaines de ces monnaies n’ont d’ailleurs pas forcément l’ambition de perdurer, ou en tout cas de devenir de véritables moyens de paiement).

Bien que ce type de crypto-monnaies me paraisse moins intéressant, en tout cas pour la majorité des utilisateurs, certaines d’entre elles sont innovantes et méritent qu’on s’y intéresse, par exemple :

Diamond
Unobtanium
– …

 

Les monnaies « pour la bonne cause »

Plusieurs projets ont uniquement pour but d’aider des causes humanitaires. Je ne suis pas sûr que ces monnaies soient pérennes à moyen ou long terme, en tant que telles, mais elles ont le mérite d’exister et de montrer qu’une crypto-monnaie peut n’avoir d’autre ambition que servir des causes louables.

Il en existe seulement quelques-unes, à ma connaissance :

Curecoin, Foldingcoin (aident la recherche médicale en participant au projet Folding@Home)
Gridcoin (idem, mais via le projet de recherche Boinc)
Primecoin (participe à identifier des nombres premiers)
Solarcoin (récompense les installations à énergie solaire)
– …

 

Les monnaies « expérimentales »

L’univers des crypto-monnaies se caractérise assurément par l’innovation et le désir de tester de nouvelles possibilités. Cette catégorie regroupe ainsi des monnaies par essence « inclassables », car reposant sur des principes ou des usages radicalement nouveaux. Il faut les prendre pour ce qu’elles sont : des expérimentations plus ou moins abouties, davantage destinées à tester des concepts qu’à être utilisées en tant que telles, mais certaines sont néanmoins intéressantes.

Exemples :

Mangocoinz (monnaie récompensant l’effort physique : les mouvements de l’utilisateur, enregistrés par son smartphone, servent à produire la monnaie)
Burst (utilise l’espace disponible sur votre disque dur pour générer la monnaie)
StartCoin (une monnaie uniquement destinée au crowdfunding de projets tiers)

– …

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Si vous voyez d’autres crypto-monnaies notables, voire d’autres catégories à ajouter, n’hésitez pas à les indiquer en commentaire ci-dessous.

 

(Article publié le 4 février 2014 sur comprendrebitcoin.com)

 


A propos de l’auteur

Cyril Fiévet, ingénieur, journaliste et auteur, couvre depuis une vingtaine d’années les technologies innovantes, les tendances émergentes et leur impact sur la société.

Après avoir annoncé l’avènement d’internet dès 1995, puis publié le « Que sais-je ? » sur les robots et le tout premier livre en français expliquant le phénomène des blogs (récompensé par le « Trophée de l’économie numérique » en 2004), il a publié en 2013 « Body Hacking », décrivant la fusion attendue de l’humain et de la machine.

« Comprendre Bitcoin et les crypto-monnaies alternatives » est son septième livre et son premier ebook.

Actuellement responsable des pages actualités du magazine mensuel de vulgarisation scientifique « Comment ça marche ? » et de la rubrique sur l’avenir des technologies dans la revue « We Demain », il est également membre de l’agence de presse suisse ATCNA et contribue régulièrement à plusieurs magazines print et Web.

Il a également lancé début 2015 le site d’information Crypto.direct, en anglais, fournissant des actualités quotidiennes sur l’usage de Bitcoin et des crypto-monnaies ainsi que le blog en français comprendrebitcoin.com.

 


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