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Pierre Gramegna : « Il y a de la place dans nos économies pour les monnaies virtuelles »

Extraits d’une interview de Pierre Gramegna, ministre des Finances du gouvernement du Grand-duché de Luxembourg, publiée il y a quelque jours dans le quotidien Tageblatt et sur le site officiel du gouvernement luxembourgeois :

Tageblatt : Comment définiriez-vous le bitcoin ?

Pierre Gramegna : Je dirais que c’est un moyen de paiement garanti par aucune banque centrale et ne fonctionnant que si les deux parties, l’acheteur et le vendeur, acceptent ce paiement.

Tageblatt : Le vice-président de la Banque centrale européenne, Vitor Constâncio, a récemment affirmé que le bitcoin était un objet purement spéculatif. D’autres, sont persuadés que le bitcoin n’est qu’une bulle qui implosera immanquablement. Êtes-vous du même avis ?

Pierre Gramegna : Le bitcoin est avant tout un moyen de paiement, car si vous le prenez pour effectuer une transaction, ce n’est qu’un moyen de paiement. Or, si vous les gardez et que vous commencez à les épargner, cela devient un actif, qui est logiquement soumis aux fluctuations du marché. Le bitcoin n’est pas le seul actif qui varie avec l’offre et la demande, il y aussi les actions, les obligations et même les monnaies traditionnelles. Il est cependant vrai que le bitcoin a connu d’importantes fluctuations ces derniers mois. Il y aussi d’autres crypto-monnaies, toutes construites sur la blockchain, qui elles aussi, sont soumises à des fluctuations plus ou moins importantes.

Tageblatt : Le bitcoin est passé de 18.000 dollars en décembre 2017 à moins 10 000 dollars ces derniers mois, ce qui montre la volatilité de cette monnaie. Que conseilleriez-vous à de futurs investisseurs ?

Pierre Gramegna : Je leur conseillerais d’être très prudents, c’est d’ailleurs aussi ce que le régulateur du secteur financier, la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), a fait dans un avis du 14 mars. En effet, elle a mis en garde les particuliers sur la volatilité de ces actifs et les a appelés à la prudence.

Tageblatt : Des spécialistes dénoncent l’utilisation du bitcoin à des fins de blanchiment d’argent, voire de financement du terrorisme, étant donné l’anonymat d’un grand nombre d’acquéreurs. Le gouvernement luxembourgeois a-t-il ou compte-t-il mettre en place un système de régulation pour contrer ces utilisations frauduleuses du bitcoin ?

Pierre Gramegna : Le Luxembourg a appliqué aux sociétés de bitcoins le régime applicable aux sociétés de paiement, basé sur une directive européenne et nous avons été les premiers à le faire pour pouvoir justement mieux contrôler les acteurs du marché. Nous effectuons tous les contrôles prévus par la directive et, chaque entreprise de paiement doit, elle-même, vérifier l’identité de ses clients et mettre en place des politiques contre le blanchiment d’argent, dès que l’on passe de crypto-monnaies aux monnaies traditionnelles, ou l’inverse. Il y a, au niveau international, des réflexions sur les moyens de contrôler davantage l’utilisation des crypto-monnaies. Pour permettre des contrôles efficaces pour contrer des pratiques frauduleuses, il faut une entente internationale, voilà pourquoi la France et l’Allemagne ont lancé il y a quelques semaines, au sein du G2O, une initiative pionnière sur la question.

Tageblatt : Le bitcoin est un moyen légal de paiement au Japon et, à New York, Bali et Dubai, on peut déjà vendre un appartement en bitcoins. Croyez-vous que le bitcoin puisse se substituer à nos devises actuelles ?

Pierre Gramegna : Le bitcoin a l’avantage de pouvoir être assez rapidement transféré entre vendeur et acquéreur, en un clic. Il est clair qu’il y a de la place dans nos économies pour ces monnaies virtuelles mais, au vu des importantes fluctuations, il y aura certainement des acheteurs ou des vendeurs qui préféreront utiliser les monnaies’ traditionnelles. Je doute que les crypto-monnaies remplacent les monnaies traditionnelles à terme. Je pense plutôt qu’il y aura une coexistence. Cette coexistence dépendra, bien sûr, des réglementations qui seront mises en place dans les années à venir.

Tageblatt : Seriez-vous prêt à payer votre baguette avec des bitcoins dans quelques années ?

Pierre Gramegna : Je serais prêt à payer ma baguette en bitcoins, bien qu’il ne faille pas forcément recourir aux crypto-monnaies pour payer de manière électronique, étant donné l’existence d’applications comme Digicash au Luxembourg, par exemple.

Tageblatt : BitFlyer, une des plus grandes plateformes mondiales de bitcoins s’est récemment installée au Kirchberg après avoir été agréée en tant qu’établissement de paiement électronique par le ministère des Finances. Le secteur des crypto-monnaies est-il une nouvelle perspective d’avenir pour le secteur bancaire luxembourgeois ?

Pierre Gramegna : Cette société a choisi le Luxembourg, car elle voulait s’installer dans un pays qui lui fournirait un cadre juridique plutôt que d’aller dans des pays où il n’y aurait pas de réglementations sur les crypto-monnaies, et c’est ce que le Luxembourg a fait en créant un statut d’établissement de paiement électronique pour les entreprises du domaine des monnaies virtuelles. Les crypto-monnaies et toute la technologie du Blockchain font partie du monde de la Fintech, qui est celui où la finance rencontre la technologie, qui a été une priorité pour le gouvernement depuis 2013 et nous avons pris de nombreuses initiatives pour favoriser la Fintech. Notre dessein est d’attirer de jeunes pousses dans le domaine des Fintech. Certaines naissent spontanément au Luxembourg, d’autres viennent s’installer ici en raison de notre grande place financière, composée de 139 banques et des milliers de fonds d’investissement, mais également dans le contexte du Brexit, et toutes sont les bienvenues […] les monnaies virtuelles ne sont qu’un élément de la diversification de la place financière lancée par le gouvernement.

Tageblatt : Le Grand-Duché envisage-t-il de poser un cadre législatif clair sur la question des crypto-monnaies, ce qui permettrait par exemple de savoir de quelle manière ces crypto-monnaies pourraient être taxées et, surtout, combien son imposition pourrait rapporter à l’État luxembourgeois ?

Pierre Gramegna : Nous n’allons pas faire cavaliers seuls dans ce domaine, cela ne servirait strictement à rien. Il faut plutôt que des initiatives soient prises au niveau de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et du G2O, ensemble avec I’UE, pour créer un cadre législatif et juridique général, et, une fois ce cadre général posé, nous pourrons penser à la taxation de ces crypto-monnaies.

 

Source : gouvernement.lu

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