« Les Américains détiendraient 40 % de tous les bitcoins en circulation. » L’affirmation, relayée ces derniers jours sur les réseaux sociaux, provient d’un rapport publié par River Financial, une entreprise américaine spécialisée dans les services d’investissement et de conservation de bitcoins. Si l’étude rassemble de nombreuses données intéressantes, ce chiffre doit être accueilli avec prudence.
Une partie importante du rapport repose sur des données publiques solides. Les États-Unis dominent largement les ETF Bitcoin, les sociétés cotées détenant des bitcoins, le financement des entreprises du secteur, le développement du protocole et une part importante du minage mondial. Sur ces points, le constat est difficilement contestable.
En revanche, l’estimation selon laquelle les Américains posséderaient 40 % de tous les bitcoins relève d’un modèle statistique. La blockchain ne contient aucune information sur la nationalité de ses détenteurs. River reconstitue donc cette répartition à partir de données de Chainalysis, d’historiques d’adoption, de téléchargements de Bitcoin Core, de recherches Google, d’activité sur les premiers forums et d’autres indicateurs indirects. La démarche est cohérente, mais les conclusions restent fragiles et le rapport ne publie pas d’intervalle d’incertitude.
Le chiffre de 40 % n’est donc ni démontré ni réfuté. Il est vraisemblable que les États-Unis concentrent une part très importante des bitcoins, mais aucune source indépendante ne permet aujourd’hui d’en mesurer précisément l’ampleur.
La conclusion la plus intéressante du rapport est peut-être ailleurs. Les données publiques montrent qu’une part significative de l’offre est désormais détenue ou conservée par des acteurs américains réglementés : ETF, dépositaires institutionnels, entreprises cotées, plateformes d’échange ou réserves gouvernementales. Même si cela ne représente pas une majorité des bitcoins en circulation, cela signifie qu’une fraction importante de l’offre mondiale est désormais soumise au droit américain. Ces bitcoins peuvent faire l’objet de gels, de saisies ou d’obligations réglementaires imposées aux intermédiaires qui les conservent.
Le protocole Bitcoin reste résistant à la censure. En revanche, cette étude rappelle qu’il existe une différence fondamentale entre la neutralité du réseau et la souveraineté sur les bitcoins eux-mêmes. À mesure que l’adoption institutionnelle progresse, une part croissante de l’offre dépend non plus des règles du protocole, mais de celles des juridictions dans lesquelles sont établis les dépositaires, au premier rang desquelles figurent les États-Unis. Les intérêts de ces intermédiaires et de leur régulateur ne coïncident pas nécessairement avec ceux des détenteurs de bitcoins situés hors des États-Unis.
Sources
– https://river.com/content/america-leads-in-bitcoin
– https://river.com/learn/files/river-america-report-2025.pdf



