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Les confessions d’un mineur de bitcoin

mineur-de-bitcoin.jpgPar Greg Ryder

J’ai entendu parler pour la première fois des Bitcoins en juin 2011, deux ans après que Satoshi Nakamoto ait publié son article. A cette époque, je louais un petit bureau dans la baie de San Francisco que j’utilisais comme « cave habitée », c’est-à-dire un endroit où régnaient silence et calme. Après m’être renseigné sur les Bitcoins, j’avais l’espoir que l’extraction de Bitcoin pourrait payer le loyer de ce bureau, lequel incluait notamment l’électricité. Pour un mineur de Bitcoin, l’électricité gratuite (ou plus exactement à titre gracieux) fait encore plus envie que la bière à volonté.

Source : tomshardware

J’ai donc acheté quelques Radeon HD 7790 (pas vraiment adaptées pour l’extraction de Bitcoin comme je l’ai compris plus tard), deux cartes mères, deux Athlon II à bas prix, de la RAM et enfin deux alimentations 750 Watts avant de commencer à extraire des Bitcoins sur les coopératives de Deepbit.net en premier lieu, ainsi que celles de feu MtRed.com en deuxième choix.

Peu de temps après, pris par l’appât du gain, j’ai décidé d’augmenter les capacités de mon installation en achetant plus de cartes graphiques. Cette fois, je suis passé à des Radeon HD 5830 autrement mieux adaptées pour cet usage. Quelques cartes mères, comme une des favorites chez les mineurs de Bitcoin à savoir la MSI 890FXA-GD70, permettent d’installer jusqu’à quatre cartes graphiques double slot. Les deux configurations pouvaient donc accueillir un total de huit HD 5830, ce qui se traduisait par presque deux GH/s (Gigahash par seconde). J’ai fini par utiliser huit cartes mères et environ 20 cartes graphiques pour atteindre un peu plus de 4 GH/s.

Malheureusement, l’installation électrique d’un bureau comme celui que j’utilisais est prévue pour deux personnes et deux PC, et non pas de multiples configurations tournant à plein régime avec une alimentation de 750 Watts chacune. Vu que la température s’élevait dans le bureau, j’ai créé des conduits d’aération en carton, lesquels me permettaient dégager l’air chaud en direction des fenêtres. Chacun d’entre eux se terminait par un ventilateur à LED qui touchait la grille anti-moustique de la fenêtre et ce sont ces mêmes ventilateurs qui ont causé ma perte : ils provoquaient des halos de lumière bleue qui ne passaient pas vraiment inaperçus dans la nuit. Le propriétaire de l’immeuble a fini par remarquer ces halos, s’est rapproché de la fenêtre qui donnait sur la rue et s’est pris un grand coup d’air chaud sur le visage. Peu après, j’ai été contraint de quitter les lieux.

Quelques semaines plus tard, j’ai trouvé un autre bureau dans une autre ville. Vu qu’il était impossible d’y ouvrir les fenêtres, j’ai dû me contenter de trois configurations à base de Radeon HD 5830 pour ne pas créer une fournaise dans la pièce.

A cette même époque, les premiers FPGA (circuits logiques programmables) dédiés à l’extraction de Bitcoins sont apparus. Butterfly Labs, une entreprise alors inconnue de Kansas City, a ainsi annoncé le Single, un extracteur Altera FGPA capable de dépasser 800 MH/s pour 600 $. J’en ai commandé un immédiatement. Devenu accro, j’ai continué à en commander par colis de quatre pour en totaliser 25.

A l’été 2012, Butterfly Labs a commercialisé le miniRig, une énorme boite renfermant 18 PCB et autant de ventilateurs pour atteindre 25,2 GH/s. Le prix de 15 000 $ ne m’a pas refroidi et j’en ai donc acheté un pour atteindre 46 GH/s grâce à l’ensemble de mes machines.

Par la suite, BFL a annoncé les premières livraisons de produits ASIC (circuit intégré propre à une application) pour octobre ou novembre de la même année, sachant que les possesseurs de machines FPGA avaient la possibilité de faire reprendre leur ancien matériel au prix d’achat. Je savais qu’avec l’arrivée des produits ASIC, la difficulté d’extraction exploserait, rendant ainsi les produits FPGA obsolètes et amputant ainsi ma source de revenus. C’est à contrecœur que j’ai dû vendre quelques placements à long terme pour transférer presque 30 000 $ à BFL pour deux miniRigs en ASIC, avec l’espoir de sécuriser un flux de Bitcoins. Malheureusement, BFL n’a pas pu tenir l’échéance d’octobre/novembre 2012 et à l’heure où j’écris (9 JUIN 2013), seules quelques douzaines de machines ASIC entrée de gamme ont été livrées.

Avec une valeur d’environ 120 $, Bitcoin semble encore à même de pouvoir accueillir de nouveaux mineurs et pourtant, la réalité est toute autre : plus d’un demi-million d’ASIC Avalon ont déjà été vendus. Lorsqu’ils seront livrés et installés sur PCB, ils ajouteront 150 TH/s au débit global actuel qui est d’environ 100 TH/s. BFL a beau ne pas communiquer sur ses ventes, les rumeurs font état d’à peu près 100 SC miniRigs commandés sachant que chacun d’entre eux ajoutera 1,5 TH/s. On tient donc là 150 TH/s supplémentaires. Ajoutons à cela les BFL Singles, les configurations Avalon complètes, la coopérative ASICminer qui ne cesse de croître et l’on voit que la meilleure estimation que l’on puisse faire pour la fin de l’automne est un débit global de 1000 TH/s. Le débit de hachage global tout comme la difficulté d’extraction serait donc multiplié par dix. En admettant qu’une configuration Avalon rapporte 8000 $ par mois, les recettes tomberaient rapidement à 800 $ pour ensuite continuer leur déclin progressif. A vrai dire, il est même possible que nous sous-estimions la situation étant donné que d’autres start-up, une en Suisse et une en Suède, ont récemment annoncé leurs propres ASIC.

Placer aujourd’hui une enchère de 20 000 $ sur eBay pour précommander une configuration Avalon 65 GH/s est donc une folie : d’ici à ce qu’elle soit livrée, il sera impossible de faire un retour sur investissement. On aura toutefois la maigre consolation de pouvoir la laisser tourner un certain temps sans perdre d’argent, ce qui n’est pas le cas des extracteurs GPU : en admettant que le taux d’échange du Bitcoin stagne, n’importe quelle carte graphique ne devrait pas tarder à coûter plus cher en électricité qu’elle ne rapporte. Bien que les actuels extracteurs FPGA tiendront probablement l’année, il ne faut surtout pas en acheter aujourd’hui. Récemment, j’ai mis mon unique ZTEX 1.15x 210 MH/s sur eBay pour 250 $ en m’attendant à ne pas le vendre, après quoi je l’aurai remis en vente à 200 $. A ma grande surprise, les enchères se sont emballées pour atteindre 380 $ (alors que le prix en achat immédiat était de 350 $ !). J’ai bien entendu accepté le paiement, ce qui ne m’empêche pas de sincèrement plaindre l’acheteur. A partir du moment où l’appel de l’extraction devient irrésistible, deux choix s’offrent à nous : soit acheter un extracteur ASIC à prix « d’usine » (et non pas aux enchères) pour miner des Bitcoins, soit utiliser une ou plusieurs cartes graphiques que l’on possède déjà pour extraire des Litecoins. J’ai pu amortir le matériel acquis pour l’extraction, mais le fait est que tout le monde n’aura pas cette chance. Même parmi les extracteurs ASIC il existe un classement, une hiérarchie basée sur le rapport prix d’achat/rendement énergétique. Il est tout simplement impensable de pouvoir faire tourner indéfiniment des ASIC 130 nm en Californie ou en France : il arrivera forcément un jour où l’on sera complètement dépassé par des mineurs utilisant des ASIC 28 nm là où l’électricité ne coûte presque rien. Quand on tient en plus compte du fait que le parc nucléaire en France, lequel produit la majeure partie de notre électricité, est vieillissant … L’extraction Bitcoin est déconseillée aux âmes sensibles ainsi qu’à tous ceux fâchés avec les mathématiques. Il ne faut pas investir plus que ce que l’on peut se permettre de perdre ou mieux encore, observer cette course effrénée à distance.

Greg Ryder



 


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