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Le jour où mon père a acheté 30 000 bitcoins

Traduction d’un article d’Adam Draper, fils de l’investisseur en « capital-risque » Tim Draper :

« Alors, est-ce que je me lance ? »

C’était le 1er juillet 2014, j’étais en route vers le boulot. Je prenais la direction d’El Camino quand j’ai reçu l’appel de mon père.

« Je suis sur le point d’appuyer sur la touche pour envoyer ma candidature », a-t-il ajouté.

Cette semaine resterait dans l’Histoire […]. Chris Stapleton avait ratissé les CMA Awards [1] et il se trouvait que c’était également la semaine où l’US Marshals Service vendait aux enchères 30 000 bitcoins.

* * *

Jusqu’alors Bitcoin n’avait été qu’une suite de scandales et suscitait un grand scepticisme. La plupart des gens avaient entendu que d’importantes sommes avaient été volées sur des exchanges et que Bitcoin servait à acheter de la drogue. D’ailleurs si l’USMS en possédait c’était parce que Ross Ulbricht (alias Dread Pirate Roberts), le créateur de Silk Road, plateforme dédiée à la vente de produits illicites, avait été arrêté. Pendant un bon moment, Bitcoin avait fourni un moyen de paiement anonyme et fiable à l’eBay de la drogue des armes et des tueurs à gages. Ce stigmate marquait la technologie – il la marque encore aujourd’hui – mais on ne voyait que ça à l’époque.

Je me souviens d’une table ronde avec mon père [Tim Draper] et mon grand-père [Bill Draper] début de 2015, devant des centaines de personnes. Nous avions été réunis pour parler de nos vies de « capital-risqueurs ». Quand ce fut mon tour de parler, le seul mot que j’avais à la bouche c’était « Bitcoin ». Quand j’ai commencé à expliquer pourquoi, mon grand-père s’est tourné vers moi et m’a lancé : « S’il te plait Adam, ne sois pas le premier Draper à aller en prison ». Même mon grand-père, le plus grand visionnaire que j’ai jamais connu, avait une vision biaisée de Bitcoin […].

La vente de bitcoins par l’US Marshals Service pouvait provoquer un changement majeur dans l’opinion publique. C’était une institution financée par le gouvernement qui avait confisqué la monnaie numérique et qui l’avait mise aux enchères. Le gouvernement reconnaissait implicitement la valeur de Bitcoin et l’utilisait pour générer ses propres revenus. Si Bitcoin avait été considéré comme un bien illicite, l’US Marshals Service n’y aurait pas touché. Aucune agence gouvernementale ne vendrait en enchères publiques les saisies de cocaïne !

« Alors, qu’est-ce que je dois faire ? Je suis sur le point d’appuyer sur la touche. »

J’ai pris une grande respiration et répondu : « Si j’avais de l’argent, je le ferais. Cette technologie est en train de changer le monde. »

Il s’est contenté d’un « OK » et il a raccroché.

* * *

Rétrospectivement, il me semble que j’aurais dû hésiter. Je ne le savais pas à l’époque, mais il avait enchéri des millions avec l’intention de remporter la totalité. Je pensais alors qu’il n’en convoitait qu’une partie… 

Le lendemain, lorsque je suis entré dans mon bureau, Brayton William, mon associé a lancé : « Vous avez entendu ? Tous les bitcoins de la vente aux enchères ont été remportés par une seule personne ! »

« Papa… qu’as-tu fais ?! », ai-je alors pensé.

Je suis monté à l’étage (nous travaillons dans le même bâtiment à San Mateo) et je suis arrivé au beau milieu d’une scène incroyable. L’équipe de Vaurum était dans la pièce, Avish Bhama et Sean Lavine, mon père et mon frère étaient également présents. Je me suis assis sur le canapé, les yeux fixés vers le bureau de mon père qui était au téléphone.

« Vous arrivez juste à temps ! Nous transférons les bitcoins dans mon portefeuille ! » lança-t-il, encore plus enthousiaste que d’habitude.

Je me souviens d’avoir regardé autour de moi et d’avoir eu le sentiment de vivre un moment historique. Je travaillais alors dans le monde de la monnaie numérique depuis 18 mois et je savais que lorsque l’Histoire de Bitcoin serait écrite, ce moment en ferait partie. Voilà pourquoi ce qui s’est passé ensuite est particulièrement comique…

* * *

Mon père était donc au téléphone avec l’United States Marshals Service qui s’apprêtait à lui envoyer par internet un nouveau type de monnaie hautement technologique. Mais parce que des millions de dollars étaient en jeu, les interlocuteurs de mon père confirmaient verbalement l’adresse du portefeuille :

« Minuscule Z, sept, capitale X, quatre, cinq … ».
« Attendez … qu’est-ce qui est en minuscules C ? Ou Z ? »
« Z comme Zebra. »
« OK, continuez. »

Ils ont répété ce processus quatre fois avant de convenir qu’ils étaient vraiment sûrs que l’adresse était correcte.

« OK, c’est confirmé », a dit mon père. Et nous avons entendu la voix à l’autre bout du fil répondre : « OK, c’est envoyé. »

…Et rien ne s’est passé.

Tout le monde tentait de se rassurer : « Eh bien, il faut dix minutes pour confirmer une transaction ! »

… Dix minutes se sont écoulées… et rien. Il y avait 30 000 bitcoins quelque part, et nous avions l’impression qu’ils n’iraient pas là où ils devaient aller.

Vingt minutes ont passé… Toujours rien. Nous devenions nerveux.

Au bout de trente minutes, quand tout le monde commençait à être sérieusement inquiet, j’ai quitté la salle. Bien sûr, c’était un moment historique, mais j’étais déjà en retard d’une demi-heure sur ma prochaine réunion…

* * *

Finalement il aura fallu une heure pour confirmer. UNE HEURE !!! Il se trouve que l’US Marshals n’avait pas versé de frais, la transaction n’était donc pas prioritaire.

Mais elle a fini par passer, et mon père et l’US Marshals Service avaient réalisé avec succès une opération en bitcoins qui mérite d’entrer dans le livre des records. Les journaux titraient : « Le Venture Capitalist Steve Draper remporte les enchères Bitcoin. » Le premier article que j’ai lu appelait mon père « Steve ». Hilarant ! Le titre le plus fréquent : « Tim Draper remporte l’enchère Silk Road ».

Pour la presse, le gouvernement américain avait vendu avec succès 30 000 bitcoins. Non seulement cela, mais un investisseur professionnel les avait remportés tous, et non pas n’importe quel investisseur professionnel, mais un « capital-risqueur » que tout le monde respectait et considérait (après des succès comme Skype, Baidu et Hotmail) comme un des investisseurs de startups les plus avisés.

C’est ce que le monde a lu ce jour-là dans le Wall Street Journal, Forbes et le New York Times. La communauté Bitcoin avait besoin d’un catalyseur pour changer le regard qu’on portait sur elle, et je crois que mon père l’a été.

 

Source : coindesk.com

 


 [1] Récompense dans le domaine de la musique country offerte par la Country Music Association.

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