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La blockchain, un enjeu de souveraineté

« Le regard que nous portons aujourd’hui sur la blockchain [est] analogue à celui que nous portions sur Internet et ses applications commerciales en 1994. » – Henri d’AGRAIN.

Directeur général du Centre des Hautes Etudes du Cyberespace, Henri d’AGRAIN est intervenu lors de la réunion du Club Parlementaire de la Nouvelle Révolution Industrielle [1] organisée le 28 juin 2016 autour de la “révolution Blockchain”, ses applications, ses perspectives et ses implications sur la règlementation.

Extrait :

« En 1994, un grand serviteur de l’Etat prénommé Gérard THERY remettait un rapport intitulé Les autoroutes de l’information à Edouard BALLADUR, alors Premier ministre. Certains s’en souviennent certainement car ce titre est resté dans les mémoires et a fait couler beaucoup d’encre. Ce rapport, qui portait sur Internet, indiquait : “son mode de fonctionnement coopératif n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux”. Il pointait ainsi les limites de ce réseau qu’il qualifiait de “mal adapté à la fourniture de services commerciaux”. Or, exactement au même moment à Seattle un certain Jeff BEZOS créait Amazon, une entreprise appelée à devenir, en l’espace de quinze ans, le leader mondial de la fourniture de services commerciaux sur Internet.

Pourquoi ce retour en arrière ? Parce qu’il est probable que le regard que nous portons aujourd’hui sur la blockchain soit analogue à celui que nous portions sur Internet et ses applications commerciales en 1994.

Il est donc de notre devoir de ne pas reproduire les mêmes erreurs et de veiller à ce que le marché qui pourrait se développer autour de cette technologie ne nous échappe pas et n’aille pas se créer ailleurs. Selon moi, s’il y a une certitude, c’est que nous payons aujourd’hui notre absence de vision sur Internet. Il est donc important que nous ne retrouvions pas à nouveau relégués au rang de vassaux d’une économie numérique portée par d’autres continents.

Quelle définition donner à la blockchain ? La meilleure définition de la blockchain, lorsque l’on n’est ni expert, ni technicien de cette technologie, est celle d’une infrastructure de confiance.

En 2008 Satoshi NAKAMOTO, l’inventeur du protocole de la blockchain – je préfère d’ailleurs le terme de “protocole” à celui de « technologie » – a résolu un problème qui était en gestation sur les réseaux depuis au moins une quinzaine d’années. Ce problème était lié à la création d’une infrastructure de confiance à même de répondre aux difficultés soulevées lorsque deux personnes ne se connaissant pas n’avaient a priori aucune raison de se faire confiance. La blockchain résout dans une certaine mesure ce problème en agrégeant différentes technologies, qui existaient elles-mêmes pour la plupart depuis 20 ou 30 ans.

Je pense notamment au réseau de “pair à pair”, abondamment utilisé en tant que plateforme d’échange de films, qui constitue une technologie particulièrement robuste ainsi qu’en témoigne l’échec d’Hollywood à contenir ce type d’infrastructure. Outre ce réseau de “pair à pair”, la blockchain se nourrit d’un ensemble de procédés cryptologiques permettant d’assurer la sécurité des échanges.

La blockchain propose un “grand registre” qui permet d’enregistrer toutes les transactions opérées sur cette blockchain de manière infalsifiable, sécurisée, horodatée et pérenne, et ce quel que soit le type de transaction réalisée. Les plus connues sont évidemment les transactions financières portées par le solide réseau Bitcoin depuis 2009. Je ne m’épancherai toutefois pas sur cette question que certains d’entre vous pourront détailler mieux que moi.

Quelles sont les applications possibles de la blockchain ? Si certaines ont, à l’image du bitcoin que j’évoquais à l’instant, le mérite d’être bien connues, ces transactions peuvent revêtir d’autres natures. La blockchain offre ainsi la possibilité d’enregistrer un diplôme – cela est notamment déjà initié par le Pôle Universitaire Léonard de Vinci – un titre immobilier, ou encore un document notarié. Elle offre également la possibilité de développer des services et de faire des “smart-contracts” – des contrats intelligents – dont les termes et l’analogie en droit français se révéleraient toutefois délicats. La troisième application de ce protocole porte enfin sur la construction d’organisations autonomes décentralisées (DAO). » – Henri d’AGRAIN, Directeur général du Centre des Hautes Etudes du Cyberespace.


[1] Le Club Nouvelle Révolution Industrielle, co-présidé par Olivier FAURE, Député de Seine-et-Marne, et Laure de la RAUDIERE, Députée d’Eure-et-Loir, se présente comme « une plateforme active de rencontre et de dialogue visant à rapprocher les acteurs professionnels de l’industrie, tous secteurs confondus, et les représentants des pouvoirs publics décisionnaires autour des thématiques ayant trait à l’innovation industrielle, l’adaptation de nos organisations à l’économie numérique et à la transition énergétique et l’impact de ces bouleversements sur le tissu économique, l’emploi, la fiscalité et l’investissement. » Le club est ouvert aux parlementaires de toutes tendances.

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