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Bitcoin et les banques centrales : guerre froide ?

Dans un article intitulé « la guerre froide entre Bitcoin et les banques centrales », Rami Ben Nejma tente d’identifier les raisons de l’hostilité croissante des banques centrales, émettrices « d’argent-dette », à l’égard du modèle « d’argent-valeur » proposé par Bitcoin.

Quelques extraits :

« […] la création monétaire traditionnelle se fait généralement quand une banque accorde un prêt. Ainsi, se crée de la monnaie ex nihilo par une simple écriture comptable numérique. De ce fait, elle enregistre l’opération de prêt sur le compte courant du débiteur en même temps qu’elle l’enregistre dans ses actifs. Au final, son bilan s’accroît mais reste équilibré puisque son passif augmente du même montant que son actif. La banque vient de créer de l’ « argent-dette ». En revanche, la création monétaire dans le système Bitcoin est différente. Les bitcoins qui sont émis sur le réseau sont, eux aussi crées ex nihilo, mais ne sont pas associés à une dette. Il s’agit d’ « argent-valeur », comme à la bourse : quand une société émet un titre financier, elle émet de la valeur. Ici, c’est le réseau Bitcoin qui en émet. Cette valeur ne découle pas d’une marchandise tangible mais de la valeur que les utilisateurs lui accordent en tant que moyen de paiement […].

Le système Bitcoin est un système déflationniste par excellence ; il est donc tout à fait normal de ne pas emprunter de l’argent en bitcoin parce que sa valeur augmente au fur et à mesure que le temps passe. Il sera donc impossible de pouvoir le rembourser. Par contre, si on décide d’épargner l’argent au lieu de s’endetter, l’argent qu’on conservera vaudra un peu plus chaque jour. Par conséquent, si les individus décident d’épargner leur argent en bitcoin au lieu de le déposer sur un compte d’épargne ou sur un compte d’investissement, le modèle économique de base des banques traditionnelles, qui repose sur le couple « épargne-intérêt » pour maintenir la déflation, n’aura plus aucun intérêt et les banques perdront […].

Les monnaies décentralisées sont redoutées à cause de leur nature numérique et des risques auxquels elles sont exposées, comme le piratage ou la fraude informatique. Or, les monnaies numériques ne sont pas une innovation en soi. À partir du moment où toutes les opérations financières ne sont qu’un jeu d’écriture comptable numérique enregistré sur une base de données informatiques, les monnaies traditionnelles le sont tout aussi. Ceci montre qu’il est possible de construire des systèmes informatiques solides manipulant jusqu’à des dizaines de milliards de dollars. Malgré cela, les crises financières comme celle des subprimes n’ont pas eu lieu à cause d’un dysfonctionnement informatique mais plutôt à cause des mauvaises prédictions dans les analyses financières. Aujourd’hui, on continue à croire qu’il est encore possible de développer l’économie selon une politique monétaire expansionniste, à savoir des crédits provenant d’une création monétaire ex nihilo, et non pas selon une politique d’épargne volontaire, à savoir fondée sur les fonds propres […].

De plus en plus de monde s’intéresse au bitcoin et sa valeur continue d’augmenter tant que des personnes s’y intéressent. Les banques centrales ont peur de voir le bitcoin atteindre un million de dollars et devenir une monnaie courante concurrente à leur devise. L’État, quant à lui, a peur de devoir se séparer complètement de la monnaie et de voir le pouvoir se transmettre entre les mains des individus. Un tel impact sur notre économie ne sera que le début d’une nouvelle forme de laïcité économique ».

 

Lire l’article complet sur contrepoints.org.


L’analyse de Rami Ben Nejma est pertinente mais omet un élément qui conditionne également la valeur du bitcoin : l’anticipation des marchés. Quand une chose est appelée à prendre de la valeur, les marchés anticipent sa rareté et son prix augmente jusqu’à ce qu’il soit jugé, à l’occasion d’un incident quelconque, décorrelé de toute réalité. Il n’y a donc pas forcément d’ascension linéaire et le bitcoin a connu et connaîtra encore des périodes de baisse. On peut raisonnablement penser que, si l’adoption se poursuit, la progression du bitcoin finira vraisemblablement par suivre celle de l’or, qui n’augmente pas non plus sans arrêt.

Par ailleurs il ne faudrait pas voir dans Bitcoin une panacée libérale (le site Contrepoints est développé et administré par liberaux.org). Le modèle déflationniste ne favorise pas la consommation. Si réellement une monnaie se valorise, on l’épargne. Celui qui possède des bitcoins et qui espère que le cours va monter ne va consommer que le strict nécessaire et conserver le reste dans l’espoir d’une hausse substantielle de son pouvoir d’achat ; celui qui possède des euros est encouragé à les dépenser ou à les placer dans l’économie sous peine de les voir fondre au fil des années.

Notons que ce même argument fait de Bitcoin un idéal écologique : une monnaie qui s’apprécie récompense la sobriété, ce qui n’est pas compatible avec une économie basée sur la consommation, le crédit et la croissance.

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