Entretien avec Rémi Forte, réalisateur de la série documentaire « Le Mystère Satoshi – aux origines du bitcoin »

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Après avoir réalisé la série « The Cypherpunk Chronicles » en collaboration avec Cryptodidacte.fr et le documentaire « La Révolution Bitcoin » pour la RTBF, Rémi Forte revient aujourd’hui avec une incroyable série documentaire en six épisodes « Le Mystère Satoshi – aux origines du bitcoin » diffusée sur ARTE.

Qui a eu l’idée de cette série ?

RF : Fin 2017 j’ai eu cette idée d’entrecroiser deux arches narratives : celle de l’apparition, puis de la disparition de Satoshi, avec celle du bitcoin. Cela permettait de raconter le bitcoin, son histoire, son fonctionnement, tout en instillant un côté haletant et divertissant au récit. La création via son créateur. Je voulais en faire un documentaire télé unitaire. En 2018 j’ai proposé l’idée à Igal Kohen, d’IKO [1], qui a tout suite été emballé et a témoigné beaucoup d’ambition pour le projet ! C’est lui qui a pensé à en faire une mini-série à destination du web. Bitcoin et le web… cela faisait absolument sens !

A-t-il été difficile de convaincre un producteur puis la chaine ARTE ?

RF : Igal Kohen a tout de suite été partant et a proposé l’idée à Daniel Khamdamov, d’ARTE, très rapidement. L’intérêt d’ARTE était visible dès le début du projet. Cela s’est ressenti lors de notre premier rendez-vous, le jour même des dix ans du White Paper ! Tout au long du projet les équipes d’ARTE nous ont bien accompagnés, poussés, et la série leur doit beaucoup.

Comment s’est déroulé le processus d’écriture ?

RF : Début 2018 j’ai écrit un premier dossier, que j’ai proposé à Igal. Puis le processus d’écriture s’est poursuivi en 2019, avec l’arrivée de Julien Goetz [2] sur le projet. Nous avons relevé les enjeux, notamment sur les questions de vie privée, de liberté, et musclé la narration, la structure. Nous avons soumis plusieurs versions à ARTE avant d’obtenir un feu vert définitif au printemps en 2020. Nous sommes partis en production mi-décembre 2020, avec un tournage dès la mi-janvier 2021. J’étais content de constater qu’au montage, qui est en soi une étape de réécriture, nous ne nous éloignions pas tellement du dossier d’origine. Quelques éléments ont nécessité plus de réflexion, comme les cliffhangers [3] par exemple, mais dans l’ensemble le processus d’écriture durant la post-production a concerné surtout la voix off, dont plusieurs versions ont été écrites et testées. La voix était un élément clé de la série, il fallait qu’elle soit réussie. Grâce aux retours d’ARTE et d’IKO, ainsi qu’à Leslie Menahem qui m’a aidé sur l’écriture de la voix de Satoshi, je pense que c’est le cas.

A-t-il été difficile de trouver et de rencontrer les différents intervenants ?

RF : Non, cela s’est fait assez simplement. J’étais en contact avec la plupart des intervenants depuis 2019 et l’écriture. J’ai essuyé peu de refus. Ensuite le tournage a été un peu compliqué par la pandémie, mais nous avons pu faire presque tout ce que nous souhaitions. Seules quelques interviews n’ont pas pu se faire en présentiel : celles aux États-Unis notamment. Je faisais les interviews en visio et sur place, quelqu’un (en l’occurrence, pour les interviews US, il s’agissait de Virginie Goubier) assurait l’image et le son, d’où notre dispositif un peu particulier qui, je crois, rajoute un côté un peu mystérieux parfaitement dans l’esprit de la série.

Combien de temps a duré le tournage ? La post-production ?

RF : Le tournage a duré un peu plus d’un mois entre janvier et février 2021. La post-production s’est étalée sur près de 7 mois, de mi-février à mi-septembre 2021.

Le projet dans son ensemble a-t-il été compliqué à réaliser ? Le cas échéant, quelles furent les difficultés ?

RF : Tout s’est très bien passé. Il y a eu quelques challenges, comme la voix off, la structure, ou l’animation qui s’est étalée sur plusieurs mois et représentait beaucoup de temps et de travail pour Victorien Aubineau [4] – mais dans l’ensemble c’était une très belle expérience. C’est un peu cliché de dire ça, mais chaque jour je me levais pour un projet qui me passionne et m’enthousiasme, et que j’ai eu la chance de réaliser avec une équipe absolument fantastique : Victorien Aubineau, Kevin Charvot, Grégoire Terrier, Antoine Kerninon, Leonie Schmidtmer, Igal Kohen, Rose Ployaert, Laurence Carles… J’espère que tout le monde a apprécié travailler sur ce projet.

Des premiers retours que tu en as, comment les bitcoiners ont-ils perçu ce documentaire ?

Les retours sont dans l’ensemble plutôt positifs de la part des bitcoiners, ce qui était très important pour moi. Le sujet est relativement complexe. Il entremêle des notions techniques, économiques, philosophiques, assez pointues, qu’il fallait à la fois vulgariser sans les dénaturer. Je suis content de l’accueil du projet par la communauté pour le moment.

Comment le public « non-bitcoiner » a-t-il reçu ce documentaire ?

Pour l’instant j’ai moins de retours de la part des « non-bitcoiners », mais ceux que je vois sont plutôt positifs : le sujet, même s’ils n’y connaissent rien à la base, les intéresse, et la forme les embarque. J’espère avoir davantage d’avis dans les semaines qui viennent.

As-tu d’autres projets en relation avec Bitcoin ?

Oui ! C’est un sujet que je veux continuer de suivre et un secteur qui va connaître encore bien des rebondissements. J’ai quelques projets dans les tuyaux… À suivre… !

Pour suivre Rémi Forte sur twitter : https://twitter.com/forteremi


[1] IKO est une société de production de films fondée par Igal Kohen. C’est aussi un studio qui explore le jeu vidéo et la réalité virtuelle.

[2] Journaliste et cinéaste, Julien Goetz est notamment l’auteur du documentaire « Une contre-histoire de l’Internet » et de la série « Data Gueule » diffusée sur France 4 et sur YouTube.

[3] Dans la terminologie des séries, un « cliffhanger » désigne la fin d’un épisode, qui doit être conçue de façon à créer une attente chez le spectateur.

[4] Victorien Aubineau est illustrateur, graphiste et concepteur d’animations.