Cinq questions à Sébastien Gouspillou

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Version française d’une interview de Sébastien Gouspillou, CEO de Bigblock Data Center, réalisée et publiée le mois dernier par Havas Blockchain :

1. Une des plus importantes actualités « blockchain » en France en 2019 est le lancement de votre centre de mining en Asie centrale : En plein bear market et dans une période de marasme pour le mining mondial, n’est-ce pas à contre-courant ?

SG : Nous étudions de près les mouvements de cette industrie du mining, qui évolue en fonction des cours : entre août 2017 et août 2018, la puissance de calcul a été multipliée par 13, 13 fois plus de machines sur le marché en un an. Cet ajout massif de puissance est arrivé par le biais des différentes ICO sur le mining et par la participation d’investisseurs privés nouvellement arrivés dans Bitcoin.

Depuis, le hashrate a chuté, des centaines de milliers de machines performantes très peu utilisées sont disponibles à bas prix  sur le marché ; de fait, on peut aujourd’hui créer une ferme de mining avec cinq fois moins d’investissements qu’il y a 18 mois. Evidemment, cela n’a de sens qu’à la condition d’avoir une électricité moins chère que la majorité des concurrents, et c’est toute la bataille qui se joue chez les mineurs actuellement : en ayant misé sur une installation au Kazakhstan depuis plus un an (achat du terrain, du transformateur et création de la compagnie locale), nous nous sommes assurés un mining plus rentable que 80% de nos concurrents.

Nous avons des demandes d’hébergement de confrères qui arrivent aussi bien d’Asie, du Canada, des Etats-Unis que d’Europe, ce qui nous confirme s’il en était besoin la pertinence de notre stratégie : se positionner solidement et durablement sur un site qui a beaucoup d’électricité non vendue avec de fait des tarifs très bas.

 

2. Donc, vous misez sur une baisse des cours qui ferait baisser le hashrate et vous donnerait une position plus importante ? Vous voyez le cours du bitcoin encore chuter ?

SG : Disons que cette hypothèse est effectivement favorable dans notre position, même si nous sommes convaincus que nous allons vivre un nouveau « bull run », à terme. La manipulation à l’œuvre de Wall Street est évidente : s’ils œuvrent à la baisse, c’est pour acheter bas et revendre en haut : quand Jamie Dimon en septembre 2017 parle de bitcoin comme « une fraude », il fait chuter le cours, permettant à sa banque d’acheter plus bas ; quand George Sorros parle de bulle, de « pire investissement qu’il soit » et que l’on découvre deux mois après que son family office (USD 26 milliards) a le feu vert pour acheter du bitcoin, on voit la manipulation à l’œuvre. De nombreux fonds d’investissements parmi les plus importants du monde et des banques géantes comme Morgan Stanley ou Goldman Sachs misent sur bitcoin, la planète finance sait que la valeur du jeton est appelée à encore beaucoup monter.

 

3. On reproche souvent à Bitcoin de subir une concentration du mining, ce qui remettrait en question la décentralisation, première qualité de ce protocole. Qu’en est-il d’après vous ?

SG : Beaucoup fantasment sur bitcoin, et écrivent sans savoir ; ils se réfèrent à la concentration des pools de mining chinois pour conclure à une domination territoriale de la Chine dans le domaine par exemple. C’est un contresens, les matériels connectés à ces pools sont propriétés de mineurs de tous horizons. Mais même cette concentration des pools et remise en question aujourd’hui, les graphiques suivants le montrent bien.

Répartition du hashrate

4. Votre objectif ultime est justement la création d’une pool de mining BTC, est-ce réalisable et comment comptez-vous vous y prendre ?

SG : Oui, c’est notre objectif, nous tenons en tant qu’acteurs français à avoir une position qui compte dans les coopératives minières, justement pour participer à cette décentralisation. Nous pouvons appeler suffisamment de puissance sur notre site actuel pour représenter 1% du Hashrate mondial ; cela se réalisera avec la participation de centaines de clients différents, le hashrate que nous gérons n’est pas notre propriété, il est décentralisé. Mais l’ambition de notre pool n’est pas de ne réunir que les mineurs de notre site : ce sera une solution inédite, 100% open source, et nous savons qu’elle attirera nombre de nos confrères indépendants, ce qui devrait faire de notre pool « bleu blanc rouge » un acteur qui compte.

Mineurs de bticoin

5. Enfin, on vous connait comme pourfendeur de l’idée reçue « Bitcoin est une catastrophe écologique » : qu’en est-il de l’énergie utilisée sur votre nouveau site ?

SG : Je confirme, Bitcoin a au contraire tous les avantages pour être un agent de la transition énergétique. Comprendre le mining comme un gaspillage d’électricité  est une idée fausse, mais très popularisée par ses opposants : à juste titre, nous sommes tous inquiets pour notre planète. Le fait de désigner bitcoin comme bouc émissaire est une idée géniale si on veut l’affaiblir ; heureusement aujourd’hui, les « études » reprises dans la presse et tendant à démontrer que Bitcoin serait noir de charbon ou responsable d’un réchauffement climatique à venir sont partout démenties : elles sont partiales, sans rigueur scientifique et partent d’hypothèses techniquement fausses.

Dans nombre de pays, les sites de production d’électricité verte existent, alors que les réseaux de distribution ne sont pas suffisants ; cela génère une production inutilisée, c’est cette production que recherchent les mineurs. En transformant leur production perdue en actifs numériques, ou simplement en la vendant à ces clients d’un nouveau genre en capacité de venir la chercher à la source, les exploitants peuvent beaucoup plus rapidement rentabiliser leurs unités de production et investir dans le réseau de distribution, apportant de l’électricité sur leur territoire plus vite que prévu. C’est une véritable opportunité pour elles et pour les populations qui vont profiter de cette électrification. Nous sommes dans ce cas de figure sur notre site d’Almaty, l’électricité y est produite par un barrage hydroélectrique en surcapacité par rapport à la demande locale.

 

Source : medium.com/@Havas_Blockchain