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Ce que Jean-Pierre Landau dit de Bitcoin

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a chargé hier Jean-Pierre Landau, ancien sous-gouverneur de la Banque de France, d’une mission sur les cryptomonnaies. Une décision qui laisse la communauté perplexe comme le résument assez bien ces tweets de Cryptofr : « En 95, on avait confié Internet à France Telecom et son minitel… Résultat : la France a raté le virage […]. La France [aujourd’hui] va tout mettre sur la “blockchain” sans cryptomonnaie et se retrouver leader du marché inexistant des bases de données mal distribuées ». 

Mais que pense exactement le nouveau monsieur cryptomonnaie du ministère de l’économie ? Pour le comprendre voilà une traduction [1] d’une tribune du Financial Times qu’il a signé en 2014 :

« La véritable identité de l’inventeur de Bitcoin reste l’objet de spéculations parmi les aficionados de la monnaie virtuelle. Mais une chose est sûre, c’est que Satoshi Nakamoto est quelqu’un d’extrêmement doué. Non seulement il a conçu l’algorithme inaltérable capable de frapper monnaie – un exploit impressionnant de prouesse technologique – mais il a également compris quelque chose de fondamental sur la monnaie. La conserver et l’utiliser implique un acte de foi. Vous devez avoir confiance dans le fait qu’elle ne sera pas manipulée par le gouvernement.

Néanmoins Nakamoto a manqué un point crucial. Une bonne devise doit conserver sa valeur sur de longues périodes. Elle doit également être facilement échangeable contre les biens et services dont les gens ont réellement besoin. La combinaison de ces deux fonctions dans un seul instrument nécessite un équilibre délicat. Si l’émission est trop parcimonieuse, il n’y a pas assez de monnaie pour répondre aux besoins de l’économie. Cela peut entraîner une déflation et une récession. Au contraire, si l’émission est trop forte, le résultat c’est l’inflation, ce qui érode la valeur de la monnaie. C’est le dilemme des monnaies privées que la création des banques à la place d’autorités gouvernementales, n’a jamais été capable de résoudre. Il n’y a plus non plus de régime monétaire basé sur les matières premières, comme l’étalon-or.

Pour résoudre ce problème, de nombreux pays ont créé des banques centrales indépendantes. La quantité de monnaie dont la société a besoin change constamment en raison des fluctuations de l’activité économique et financière. Le contrôle humain est nécessaire pour s’assurer que, lorsque l’économie croît, une quantité suffisante d’argent est disponible. Mais il est crucial que les banquiers centraux soient indépendants. Cela protège contre les expansions excessives de la masse monétaire – une tentation permanente dans tous les systèmes politiques parce qu’elle répand la joie économique, mais qui, avec le temps, érode la valeur de la monnaie.

Nakamoto pensait pouvoir résoudre le dilemme d’une manière différente, avec une règle inflexible. Cela pourrait fonctionner si la règle était bonne. Milton Friedman avait une proposition simple : que la masse monétaire se développe à un rythme constant. C’est une proposition de laquelle quelqu’un de la vivacité intellectuelle de Nakamoto aurait sans doute pu s’inspirer – par exemple, en augmentant l’émission à mesure que Bitcoin gagnerait en popularité, ou en le rendant sensible aux conditions économiques changeantes. Cela aurait pu donner à Bitcoin une chance de succès.

Mais Nakamoto a choisi une règle différente. Le stock de Bitcoins – qui se situe actuellement à environ 12 millions – va croître à un rythme prédéterminé et décroissant. Une fois qu’il y aura 21 millions de jetons électroniques, la production cessera complètement.

C’est une erreur fatale pour deux raisons. Tout d’abord, au cours du prochain siècle et quart, l’offre de bitcoins augmentera en moyenne de 0,6 pour cent par an. Si l’économie Bitcoin croît plus vite, la devise se raréfiera et les prix des biens exprimés diminueront. Deuxièmement, l’offre de bitcoins se développera plus lentement que celle des devises physiques. Toutes choses étant égales par ailleurs, son taux de change s’appréciera considérablement.

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les investisseurs ont conduit le prix du bitcoin à des sommets vertigineux, ce qui fait qu’il est devenu précieux avant même qu’il ait pu s’établir comme moyen de paiement. Avec les devises du monde réel telles que la livre sterling et le dollar, il en était autrement : la monnaie devenait précieuse parce qu’elle était largement utilisée comme moyen d’échange.

Paradoxalement, cette augmentation rapide de la valeur de Bitcoin la rend impropre à l’échange. Quelqu’un qui s’attend à ce que la devise vaille plus demain ne sera pas disposé à la dépenser aujourd’hui. Et, si peu de gens dépensent leurs bitcoins, il y a peu d’incitation à les accepter. Il n’y a pas de statistiques disponibles mais on soupçonne que très peu d’achats de biens réels sont réglés en bitcoins.

La monnaie est actuellement attrayante pour deux raisons. L’une c’est l’anonymat, ce qui la rend commode pour l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent. Cela ne durera pas ; les autorités se réveillent déjà. L’autre est une pure spéculation. Les bitcoins sont les tulipes des temps modernes. La mode n’est pas encore passée. Mais plus cela dure longtemps, plus les investisseurs risquent de se brûler les ailes. » – Jean-Pierre Landau.

 

Source : ft.com 

 


[1] Avertissement : il s’agit d’une traduction non-professionnelle. Pour le texte original voir ici.

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