Bukele est-il un dictateur ? – Réponse à Joe Nakamoto

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On se connaît depuis longtemps Joe, et je t’apprécie beaucoup. Tu es la coolitude incarnée, drôle et vif ; et tu parles 12 langues. Je peux même t’écrire en français, tant tu maîtrises celle de Molière, c’est pratique.

J’ai donc regardé ton reportage avec curiosité : comment l’ami Joe, qui connaît le monde pour l’avoir parcouru dans tous les sens, allait-il répondre à la question « Bukele, dictateur ? » Allais-tu tomber dans la facilité Bitcoineuse, Nayib est un héros, ou allais-tu conclure comme El Faro et la presse mainstream occidentale ? J’espérais un entre-deux. 

Douche froide, même Arte et son docu-fiction n’était pas allé jusque-là ; ton jugement est sans appel, oui, Bukele est un dictateur. 

Les arguments de Joe

Selon toi, les éléments qui le prouvent sont la suspension de la Constitution, la suppression des limites de mandat présidentiel, l’état d’urgence devenu permanent et les dizaines de milliers de personnes emprisonnées sans procès.

Ces arguments font-ils de Bukele un dictateur ?

L’état d’urgence a été approuvé et renouvelé 44 fois par le Parlement élu. Les sondages qui précèdent les reconductions montrent une approbation autour de 90 % des Salvadoriens. La volonté du peuple est respectée, serait-ce suspect ?

La suppression des limites de mandat a également été votée par l’Assemblée législative, pas imposée par décret présidentiel. Quand le peuple salvadorien aura décidé qu’il est temps de tourner la page, il votera contre Bukele. Pour l’heure, son immense majorité veut qu’il reste au pouvoir.

Oui, il y a eu des emprisonnements massifs sans procès et des abus policiers. Il y a des innocents en prison, même. Et ? Il y aurait 10 % d’innocents dans les prisons américaines et les abus policiers documentés sont légion. Le Patriot Act des débuts n’avait rien à envier à l’état d’exception salvadorien. Faut-il pour autant qualifier les présidents américains de dictateurs ?

Au Salvador, il y avait des dizaines de milliers de pandilleros. Pouvait-on imaginer les mettre hors d’état de nuire sans arrestations massives ? Allons. C’est une guerre que l’État mène contre les gangs, une vraie guerre de libération contre une armée intérieure. On ne peut pas reprocher à Bukele le fait que cette guerre dure trop longtemps (état d’urgence renouvelé) tout en lui déniant les moyens d’action nécessaires pour la gagner. Si les Salvadoriens soutiennent massivement la reconduction du régime d’exception, c’est précisément parce qu’ils savent que la bête n’est pas morte. Chaque semaine voit son lot d’arrestations de membres du M13 ou du Barrio 18 ; des vrais, aux tatouages éloquents, pas des coiffeurs. Les gens savent qu’il ne faut pas crier victoire trop tôt, qu’il faut encore du temps.

Un dictateur truque ou supprime les élections, réduit l’opposition au silence et gouverne sans légitimité populaire. Bukele remporte des élections avec des scores écrasants, tolère les critiques publiques et violentes de l’opposition, et laisse les journalistes et YouTubers étrangers circuler librement et faire leur petit pèlerinage chez Claudia Ortiz pour gober son Kool-Aid.

Tu n’avais pas besoin de six voyages : il te suffisait de compiler les critiques de Cristosal et d’El Faro pour arriver exactement aux mêmes conclusions. Tu devrais envoyer ta facture de frais à l’OSF, bro, ce serait quand même couillon que tu sois le seul à faire ce taf sans sponsor.

Un taxi à qui je demandais s’il considérait, comme la presse occidentale, que Bukele était un dictateur, m’a répondu : « Oui, bien sûr, et nous les Salvadoriens, on est le seul peuple au monde assez con pour voter à 90 % pour un dictateur. »

Eh oui, c’est méprisant de la part de cette presse – et de la tienne – de penser mieux savoir que le peuple salvadorien qui est son président.

Bukele n’est pas un dictateur.

Non Joe, c’est un leader qui a réussi là où tous les autres ont échoué : apporter la paix et la sécurité au Salvador. On peut critiquer ses méthodes, mais qualifier son régime de dictature relève hélas plus de l’idéologie que d’une analyse factuelle de la réalité salvadorienne. Les mots ont un sens.


A propos de l’auteur

Sébastien Gouspillou est cofondateur et Président de BigBlock Datacenter et de BBGS, sociétés qui conçoivent et gèrent à travers le monde des unités dédiées au minage de bitcoins exploitant des énergies renouvelables et fatales.