Bitcoin est-il toujours cypherpunk ?

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Discussion entre Aaron Van Wirdum de Bitcoin Magazine et Adam Back, CEO de Blockstream, lors de la première journée du Plan B Forum 2026 à Lugano en Suisse.

Aaron Van Wirdum : Je ne pense plus que Bitcoin soit très cypherpunk, malheureusement. La grande mode de nos jours, ce sont les treasury companies, ce qui n’a rien à voir. Je ne suis pas nécessairement contre, et vous en dirigez une je crois, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas cypherpunk. De vrais développeurs concentrés sur la confidentialité sont en prison, et j’ai l’impression qu’on en parle peu. La culture s’est-elle trop éloignée ? Et vous, Adam, êtes-vous toujours cypherpunk ?

Adam Back : Oui. Si l’on ressort les messages de la mailing list d’époque, j’aurais pu les écrire hier. Mes idées et mes centres d’intérêt restent les mêmes. Mais vous partez du principe que l’investissement, le trading et le commerce – vers lesquels se tournent les crypto-anarchistes ou les anarcho-capitalistes – visent la constitution de capital et des marchés plus libres que ceux d’aujourd’hui, avec moins d’intervention gouvernementale. L’idée d’investir dans des entreprises fait donc partie de cette vision très capitaliste : pour remplacer l’État, il faut des entreprises privées.

Aaron Van Wirdum : Mais ce n’est pas décentralisé. Si les gens conservent leurs fonds sur des plateformes, c’est une forme de détention qui a très peu à voir avec l’éthos cypherpunk.

Adam Back : L’essentiel, c’est que les propriétés de Bitcoin – monnaie au porteur et insaisissable – offrent des garanties à l’individu. Mais, comme Bitcoin est aussi une classe d’actifs d’investissement et une monnaie forte, les dirigeants d’entreprises privées ou publiques veulent également en acquérir comme une meilleure forme de monnaie.

Il est donc inévitable, au fil de sa trajectoire, de voir émerger des cas d’usage axés sur la souveraineté individuelle. Une grande partie des avoirs reste d’ailleurs entre des mains privées, ce qui est un succès et permet de rester fidèle à la mission.

De la même manière que les investisseurs en capital-risque investissaient dans les actions liées à Internet à ses débuts, sans se soucier outre mesure des libertés qu’il procurait, c’est la même chose avec Bitcoin. Les gens investissent dans sa trajectoire, tandis que l’individu y trouve des garanties personnelles.

La difficulté pour l’individu réside plutôt dans la manière d’acquérir du Bitcoin sans passer par un dossier bancaire et une déclaration fiscale, car un Bitcoin détenu anonymement a davantage de valeur dans une perspective d’assurance et de souveraineté individuelle.