Bitcoin est-il un individu ?

0
11

Cet article traite d’individualité et de théorie de l’information, l’idée est de traiter Bitcoin comme un phénomène informationnel.

La théorie informationnelle de l’individu

Dans sa vidéo sur « Une nouvelle théorie ƎꓕNⱯSꓤƎꓥNƎꓤ des individus » Dirty biology, alias Léo Grasset [1], présente à travers différents exemples (colonie de fourmis, siphonophores, fougères…) la théorie informationnelle de l’individu [2-4]. Il s’agit d’une théorie dans laquelle la définition de l’individu n’est plus liée à une barrière délimitée par la membrane de l’individu (peau pour les humains, coquille pour les crustacés, membrane végétale pour les plantes…) mais sur la capacité à une entité à maintenir son information intacte et à quel point l’entité agit de manière autonome.

Les auteurs de cette théorie modélisent un système comme un ensemble de variables évoluant dans le temps et analysent :

  • Combien d’information le système conserve sur lui-même,
  • Combien d’information provient de l’environnement.

Un individu, dans ce cadre, est un système qui :

  • préserve son état interne dans le temps,
  • contrôle ses interactions avec l’extérieur.


Deux concepts clés :

– Mémoire de soi (self-information / persistence)

Un système est individuel s’il possède une continuité informationnelle :

  • son état futur dépend fortement de son état passé
  • il « se souvient » de lui-même

Plus cette dépendance est forte, plus l’individualité est élevée.

– Autonomie informationnelle

Un système est autonome si :

  • ses états futurs dépendent davantage de ses propres états internes
  • que des influences externes

Un individu n’est pas isolé, mais il filtre et structure l’information venant de l’extérieur.

L’individualité est graduelle

Conclusion majeure : L’individualité n’est pas binaire, mais un continuum.

Donc :

  • une colonie de fourmis peut avoir une certaine individualité,
  • un organisme peut être plus ou moins individuel selon l’échelle observée,
  • un organe, un cerveau ou même un groupe peuvent être des « individus » partiels.

Cette approche permet :

  • de comparer des formes de vie très différentes,
  • de penser l’individualité en biologie évolutive,
  • d’analyser des systèmes artificiels (IA, robots, systèmes distribués comme Bitcoin…),
  • de comprendre quand et comment l’individualité émerge.

En une phrase, un individu est un système qui, dans le temps, génère et préserve plus d’information sur lui-même qu’il n’en reçoit passivement de son environnement.

L’individualité de Bitcoin

La série internet « Bitcoin and Friend » a déjà « individualisé » Bitcoin de manière anthropomorphique [5], Bitcoin a également été comparé à un ratel [6] mais justement il s’agit de personnifications et donc d’une vision « classique » de l’individualité. Par contre une vision plus proche de la théorie informationnelle de l’individualité compare Bitcoin à un champignon [7-9], dans cette vision chaque noeud, mineur ou autre entité lié à Bitcoin est un noeud du réseau de racines du champignon qu’est Bitcoin. Il y a également des memes comparant Bitcoin à un arbre :

Selon la théorie informationnelle de l’individu, le réseau Bitcoin peut être considéré comme un individu non biologique, distribué, doté d’une mémoire, d’une identité temporelle et d’une forte autonomie informationnelle. Il :

  • conserve son passé
  • contraint son futur
  • résiste aux perturbations
  • maintient sa cohérence sans autorité centrale

Si l’on considère la blockchain de Bitcoin comme étant l’information de son individualité (son « âme » grosso modo) alors concernant la théorie de l’individu plusieurs constats sont possibles :

– D’un point de vue temporel, toutes les 10 minutes l’individualité de Bitcoin change car ayant émis un nouveau bloc de transactions l’intégrité informationnelle de Bitcoin change.

– Les informations venant de ces états précédents sont les transactions de bitcoins « anciens » tandis que les bitcoins fraîchement minés et les données arbitraires (ordinals…) sont des informations venant de l’environnement extérieur. Plus les blocs passent, plus le poids marginal de ces nouvelles informations sur la blockchain totale baisse, ainsi la « mémoire de soi » et « l’autonomie informationnelle » et donc l’individualité au sens informationnel de Bitcoin augmente avec le temps.

– D’un point de vue spatial (pendant 10 minutes) Bitcoin est un individu complet sachant que le réseau de noeuds Bitcoin se met à jour quasiment immédiatement (les noeuds en retard sont négligeables).

– Les forks de Bitcoin (Bitcoin Cash, Bitcoin SV…) sont comme des mécanismes de division cellulaire qui créent deux individus identiques ayant au départ la même individualité (même historique de transactions), mais se dissociant petit à petit pour donner deux individus distincts.

– Les règles de concensus de Bitcoin qui serait comme son « ADN » se conservent parfaitement blocs après blocs, cela renforce l’idée selon laquelle l’individualité informationnelle de Bitcoin est forte étant donné que cela correspond tout à fait à la définition d’autonomie informationnelle dans la théorie informationnelle de l’individu.

Conclusion

Bitcoin d’un point de vue de la théorie informationnelle de l’individu le réseau du protocole Bitcoin est un individu dont « l’âme » est son registre de transactions qu’est la blockchain Bitcoin. Plus le temps passe, plus Bitcoin est un individu dans le sens où il préserve son information interne et limite les changements de son information par des éléments extérieurs. Enfin Bitcoin partiellement ouvert (à de nouvelles transactions, de nouveau noeud ou mineur) mais informationnellement fermé car ses règles de consensus et son registre de transactions passé ne change pas. Bitcoin est un individu informationnel distribué : un système qui maintient sa propre identité en propageant de l’information (la blockchain et les règles de consensus) de son passé vers son futur, avec une forte autonomie vis-à-vis de son environnement.

Références

[1] https://www.youtube.com/watch?v=3j3CnSgd8VE
[2] https://web.ics.purdue.edu/~drkelly/KrakaueretalInformationTheoryIndividuality2014.pdf
[3] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7244620/
[4] https://www.researchgate.net/publication/269338907_The_Information_Theory_of_Individuality
[5] https://www.youtube.com/watch?v=uDLOBzhZIB0
[6] https://badgerofmoney.org/
[7] https://brandonquittem.com/bitcoin-is-the-mycelium-of-money/
[8] https://thesporedepot.com/bitcoin-and-mushrooms/
[9] https://www.youtube.com/watch?v=478fNzd-6IM