Trump et les cryptobros

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Depuis son retour à la présidence, Donald Trump s’est appuyé sur l’industrie des actifs numériques pour s’enrichir de façon spectaculaire. Fidèle à son principe d’encaisser des gains sans engager de capital, quatre projets adossés à sa marque ont généré d’énormes bénéfices, laissant face à eux des centaines de milliers d’épargnants lésés.

Selon une évaluation de Forbes, le patrimoine de Donald Trump aurait ainsi presque triplé pour atteindre environ 6,5 milliards de dollars. Son basculement vers les actifs numériques s’est avéré extrêmement lucratif, les activités liées aux cryptomonnaies lui ayant rapporté plus de 1,2 milliard de dollars sur l’année 2025. La publication de sa déclaration de patrimoine annuelle de 927 pages, déposée le 30 juin auprès de l’Office of Government Ethics, confirme l’ampleur de ces gains. Pour comparaison, le document détaille un enrichissement qui surpasse les revenus de son empire immobilier historique sur la même période.

Focus sur les principaux projets

Le memecoin $TRUMP

Lancé sur la blockchain Solana trois jours avant l’investiture, ce jeton a vu 80 % de son émission conservée par les structures familiales CIC Digital LLC et Fight Fight Fight LLC. Alors que le cours s’est effondré de 97 % après avoir culminé à 75,35 $, les données de la firme d’analyse Nansen partagées par le New York Times révèlent que près de 989 000 porteurs de jetons ont subi des pertes cumulées de 3,81 milliards de dollars. En parallèle, Trump a déclaré avoir personnellement perçu 636 millions de dollars de redevances via un contrat de licence opaque avec une entité nommée « Celebration Coins ».

World Liberty Financial (WLFI) & USD1

Pour bâtir World Liberty Financial, la famille Trump n’a injecté aucun capital financier personnel significatif, obtenant ses parts de fondateurs et ses jetons uniquement en échange de son image de marque. Malgré cette absence d’investissement de départ, la structure familiale DT Marks DEFI LLC s’est contractuellement assuré le reversement de 75 % des recettes nettes issues de la vente du jeton WLFI, captant notamment près d’un demi-milliard de dollars via un partenariat avec ALT5 Sigma (devenue AI Financial Corp), une entreprise cotée au Nasdaq aujourd’hui au bord de la faillite. En parallèle, leur stablecoin USD1 a capté d’importants flux de capitaux étrangers — notamment un investissement de 2 milliards de dollars d’un fonds d’Abu Dhabi —, générant de massives commissions pour la famille tout en alimentant de profondes inquiétudes éthiques quant à l’influence de fonds d’investissements non identifiés sur la politique américaine.

American Bitcoin (ABTC)

Co-fondée par Eric Trump et Donald Trump Jr., cette société de minage cotée au Nasdaq illustre parfaitement la stratégie familiale du gain sans mise de fonds. Pour lancer l’entreprise, la famille Trump n’a, encore une fois, injecté aucun capital financier personnel. Leurs parts de fondateurs ont été obtenues exclusivement sous forme de sweat equity (apport en industrie), en échange de leur image de marque et de leur implication stratégique — Eric Trump y occupant le poste de Chief Strategy Officer. Les infrastructures de minage ont été fournies par le géant industriel Hut 8, et le financement a été assuré par une levée de fonds de 220 millions de dollars auprès d’investisseurs tiers. S’il s’agit du seul projet de la galaxie Trump adossé au réseau Bitcoin, sa structure financière repose sur ce même modèle d’apport en notoriété plutôt qu’en numéraire, comme l’explique Eric Trump lors d’un entretien sur la stratégie d’ABTC. Notons que l’action American Bitcoin Corp a chuté de plus de 97 % depuis son sommet de septembre 2025.

Conflits d’intérêts et blocage réglementaire

Cette situation dessine un conflit d’intérêts sans précédent dans l’histoire américaine, où le président tire directement profit de règles sectorielles qu’il contribue lui-même à éditer. Alors que la majorité républicaine a récemment bloqué toutes les demandes d’auditions parlementaires concernant l’origine des fonds étrangers de World Liberty Financial, Donald Trump a balayé les accusations de conflit d’intérêts au micro de CNBC en affirmant déléguer la gestion opérationnelle à ses fils, bien qu’il demeure l’unique bénéficiaire du trust financier final. En réaction, l’opposition démocrate fait bloc au Congrès en refusant de voter le Clarity Act tant que de strictes clauses anti-conflits d’intérêts n’y seront pas intégrées, ce qui paralyse pour l’instant l’adoption de cette loi d’encadrement du secteur.