Dans un article publié hier sur Samouraï Coop, Maël Rolland conteste une thèse répandue dans une partie du monde académique francophone selon laquelle Bitcoin serait un « anti-commun », c’est-à-dire l’exact opposé d’un commun. Selon ces critiques, Bitcoin favorise l’accumulation privée, la concentration du pouvoir et ne poursuit aucune finalité sociale explicite. Il serait donc incompatible avec l’idée de commun.
Maël Rolland estime que cette conclusion repose sur une définition trop étroite et trop normative du concept de « commun ». Il rappelle qu’il existe plusieurs conceptions des communs. Si Bitcoin ne poursuit pas explicitement un projet démocratique et solidaire, il se rapproche tout de même de communs comme les ressources ouvertes (logiciels libres, Wikipédia, etc.) et des systèmes de gouvernance collective.
Ainsi, selon la définition retenue, Bitcoin peut apparaître plus ou moins proche d’un commun.
Son principal reproche aux critiques de Bitcoin est méthodologique : elles analysent surtout le protocole et l’idéologie libertarienne associée à Bitcoin, mais très peu les pratiques réelles de sa communauté. Or, dans les faits, Bitcoin est maintenu par un vaste réseau de développeurs, de mineurs, d’opérateurs de nœuds et d’utilisateurs qui doivent coopérer, négocier, débattre et résoudre des conflits.
L’auteur souligne notamment que les grandes crises de gouvernance de Bitcoin (SegWit, Bitcoin Cash, correction de failles critiques, etc.) montrent que le réseau ne fonctionne pas simplement grâce à un code automatique. Il repose aussi sur des mécanismes sociaux et politiques.
Sa thèse est donc la suivante : Bitcoin n’est probablement pas un commun au sens militant ou politique du terme. Mais il n’est pas non plus un simple actif privé ni un « anti-commun ». C’est une infrastructure ouverte dont la gouvernance présente certaines caractéristiques étudiées dans la théorie des communs. Les bitcoiners eux-mêmes pensent souvent pouvoir remplacer la politique par la technique, mais ils sont obligés de recréer de la coordination, de la coopération et des mécanismes collectifs pour faire fonctionner le système.
En conclusion, l’auteur considère que la vraie question n’est pas Bitcoin est-il un commun ?, mais plutôt : Dans quelle mesure Bitcoin fonctionne-t-il comme un commun numérique, malgré son idéologie souvent individualiste ?
Autrement dit, Maël Rolland ne cherche pas à démontrer que Bitcoin est un commun, mais affirme que le qualifier trop rapidement d’« anti-commun » empêche de comprendre ce qui se passe réellement dans son fonctionnement quotidien.
L’article de Maël Rolland : Crypto (anti-)communs ? Controverses autour du statut de Bitcoin et des blockchains publiques comme communs numériques – Partie 1



