Où en sommes nous dans l’adoption de Bitcoin ? – Bref comparatif des évolutions des systèmes distribués

0
34

« Pour prévoir l’avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats. » Nicolas Machiavel, 1517.

Le but de cet article est de faire un bref résumé des histoires des systèmes distribués numériques tels qu’internet, le partage de fichiers P2P et Bitcoin afin de savoir où nous en sommes dans l’adoption de Bitcoin.

Brève esquisse de l’histoire d’internet

Des premières recherches sur la commutation de paquets et ARPANET dans les années 1960 sont nées les architectures et protocoles fondamentaux (NCP → TCP/IP) des années 1970–1980, jusqu’aux fondations techniques de l’Internet public des années 1990 [1] :

Le plus vieil ancêtre d’internet était Arpanet (projet américain de 1969), le premier réseau décentralisé de communication par commutation par paquets, ce fut à l’origine un projet militaire dont le but était de créer un réseau de communication le plus résilient possible. Puis en 1974 le protocole TCP/IP propose un moyen d’échanger les paquets d’informations même si les nœuds du réseau n’ont pas les mêmes standards technologiques. C’est ensuite en 1983 que les DNS (Domain Name System), des sortes « d’annuaires » qui font le lien entre le nom de domaine d’un site et son adresse IP, font leur apparition. Vient alors des protocoles spécifiques pour certains types de fichiers (SMTP pour les emails, FTP pour les fichiers…). Enfin c’est avec l’invention du format HTML (format de structure d’une page web) par Tim Berner-Lee en 1989 qu’internet se met à émerger.

Si au départ internet est issu d’un projet militaire, petit à petit il devient un projet académique pour ensuite devenir un outil tout public.

Ci-dessus un bref résumé de l’histoire d’internet de 1990 à 2026 [2] :

C’est à partir de la fin des années 1990 et au début des années 2000 qu’internet se massifie et se commercialise, ce qui était autrefois une affaire de militaire ou d’universitaire devient grand public, le format HTTPS commence à être adopté, les emails se généralisent et les commerçants commencent à avoir leur page internet. Les années 2000 à 2010 sont celles de l’émergence des réseaux sociaux (Twitter, Facebook…) et des services de cloud. C‘est à la fin des années 2010 que la quantité maximale d’adresse IPv4 (adresse IP servant à identifier un site) est presque atteinte, heureusement le protocole IPv6 prend progressivement le relais. Des années 2010 à 2020 les débits internet s’améliorent notamment grâce à la généralisation de la fibre optique, le format HTTPS (une version chiffrée de HTTP) devient majoritaire et l’IoT (montres connectées, réfrigérateurs connectés…) commence à apparaître. Enfin, des années 2020 à 2026 le format de transport de données UDP est de plus en plus utilisé notamment pour le streaming, les noms de domaines « .ETH » de la blockchain Ethereum fusionnent avec l’internet « classique » [3] dans le sens où il existe des pages internet dont le nom de domaines est stocké sur la blockchain Ethereum, la révolution IA (notamment les LLM) devient grand public.

C’est entre les années 2000 et 2010 qu’internet devient un outil de masse utilisé par tous, petit à petit dans la décennie 2010-2020 internet devient de plus en plus sophistiqué notamment en matière d’efficacité et de sécurité. Après 2020 il n’est pas exagéré de dire qu’internet est omniprésent dans la vie des sociétés dans lesquelles il est adopté.

Mais sur quoi exactement repose internet ? Comment ça marche exactement au niveau des infrastructures ? Sans faire une explication exhaustive du fonctionnement d’internet nous allons nous intéresser aux DNS (Domain Name System) qui sont en quelque sorte les nœuds du réseau internet dans le sens où sans ces « annuaires » numériques il n’est pas possible de naviguer sur le web. Il en existe 13 DNS serveurs « racines » (les « chefs d’orchestre » en quelque sorte) dont 10 aux États-Unis, 1 aux royaumes unis, 1 en Suède et 1 au Japon [4] et environ 100 000 à 500 000 instances DNS à travers le monde. Il faudrait détruire tout ça pour stopper Internet…

Remarque : Nous aurions aussi pu nous intéresser aux serveurs et datacenters, mais ces éléments du réseau internet ne sont pas aussi qualitatifs pour saisir comment le réseau internet a évolué au fil du temps.

Pourcentage rapporté à la population par pays du nombre d’utilisateurs internet en 2023 [5] :

Les plus hauts pourcentages d’utilisateurs d’internet se trouvent en Amérique du Nord, en Europe et en Océanie, puis les seconds se trouvent en Asie et en Amérique du Sud, enfin l’Afrique est le continent avec le moins d’utilisateurs d’internet. D’une manière générale ce sont les pays les plus développés au niveau technologique qui ont le plus d’utilisateurs d’internet.

Pourcentage rapporté à la population par pays du nombre d’abonnements Internet à haut débit fixe en 2012 [5] :

Les plus hauts pourcentages de population ayant un abonnement Internet à haut débit se trouvent en Amérique du Nord, en Europe et en Océanie, puis les seconds se trouvent en Asie et en Amérique du Sud, enfin l’Afrique est le continent avec le moins d’utilisateurs d’internet. D’une manière générale, ce sont les pays les plus développés au niveau technologique qui ont le plus d’abonnements Internet à haut débit.

Brève esquisse de l’histoire du partage de fichier P2P

Ci-dessous une frise chronologique résumant les grands temps forts du partage de fichiers P2P :

Le partage de fichiers P2P avait aussi sa préhistoire dans le sens où, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, plusieurs logiciels tels que eMule ou Napster coexistaient avec les protocoles Gnutella et Bittorrent avant que ce dernier ne prenne le dessus [6,7]. Dans les années 2010 apparaissent des hébergeurs tels que Megaupload qui proposent des versions centralisées du partage de fichiers. Durant les années 2020, des blockchains Web 3 (Filecoin et Sia) proposent des services de partage de fichiers P2P.

De nos jours (en 2026) le partage de fichier P2P ne se fait quasiment exclusivement que par des protocoles P2P, moralité de l’histoire : le protocole en système distribué P2P l’a emporté sur les logiciels P2P et les alternatives centralisées.

La pratique du partage de fichiers P2P est marginale dans le sens où elle est très peu utilisée et ce, dans la clandestinité. Il y a plusieurs raisons à cela, déjà c’est en général répréhensible par la loi quasiment partout dans le monde, c’est devenu de plus en plus technique (utilisation de VPN, les sites de partage changent parfois de nom de domaine…) et ensuite beaucoup de plateformes telles que Netflix ou Amazon Prime offrent à bas prix un service permettant de visionner un large choix de films et séries sans les contraintes citées ci-dessus.

Brève esquisse de l’histoire de Bitcoin

Tout comme internet à sa préhistoire avec ARPANET et la création de TCP/IP, Bitcoin a lui aussi sa préhistoire [8,9] :

La frise chronologique ci-dessus regroupe les principales briques technologiques qui ont permis la création de Bitcoin (PGP, les courbes elliptiques, la preuve de travail…) ainsi que les premières tentatives de monnaie natives d’internet (E-gold, B-money, Liberty Reserve…) ayant précédé Bitcoin.

Ci-dessous une frise chronologique de l’histoire de Bitcoin de 2008 à 2026 :

En 2008 Satoshi Nakamoto publie le livre blanc de Bitcoin, c’est en 2009 que le réseau est déployé. En 2010 l’échange Mt.Gox propose un service d’achat/vente de bitcoins, c’est également l’année de la première transaction de bitcoins contre un bien (une pizza). L’année 2012 est l’année du premier halving (de 50 bitcoins par blocs à 25) et l’apparition des premiers portefeuilles tel que Electrum. C’est en 2014 que la plateforme Mt.Gox s’effondre, l’année suivante c’est le lancement et la maturation d’infrastructures tels que les portefeuilles ou les services de garde, C’est également le début de la « guerre des blocs ». En 2016 a lieu le seconde halving (de 25 bitcoins par blocs à 12,5) et la montée des débats sur la mise à l’échelle (SegWit, Lightning). En 2017, fin de la « guerre des blocs » avec le fork entre Bitcoin et Bitcoin Cash, activation de SegWit et lancement du réseau Ligthning. En 2018, renforcement de la réglementation dans plusieurs juridictions ; maturation des services institutionnels, puis 2019 reprise progressive du développement de réseau Lightning (logiciels, custodies institutionnelles…). En 2020, troisième halving, adoption institutionnelle accélérée (entreprises, trésoreries, ETFs spot/dérivés discutés), impact macroéconomique lié aux politiques monétaires COVID-19, puis l’année suivante la Chine intensifie la répression contre le minage de Bitcoin s’ensuit une migration de mineurs vers d’autres pays augmentant la décentralisation géographique du minage de Bitcoin. En 2022, faillite de l’exchange FTX, propositions de Silents Payments (manière de payer anonymement sur Bitcoin), croissance notables des liquidités sur le réseau Lightning. En 2023, débats réglementaires et juridiques aux États-Unis et ailleurs sur la classification des crypto-actifs, avancées techniques sur l’implémentation Taproot lequel voit de plus en plus d’adoption via wallets et contrats et les premiers ETF spot Bitcoin lancés aux États-Unis, l’année suivante a lieu le quatrième halving. En 2025, poursuite de l’intégration institutionnelle et des discussions réglementaires et législatives sur Bitcoin aux États-Unis. En 2026, le BIP-360 (standard pour rendre Bitcoin quantum résistant) fait partie du dépôt officiel de Bitcoin.

Ci-dessous l’évolution du nombre de nœuds publics Bitcoin de 2017 à 2026 [10] :

Les nœuds Bitcoin sont les ordinateurs qui enregistrent et relaient les transactions et le blocs Bitcoin. Leur croissance, et notamment celles sur les réseau Tor, augmentent significativement en 2022. En 2026, il y a près de 25 000 nœuds publics Bitcoin, c’est-à-dire qu’il faut neutraliser tous ces nœuds en même temps pour espérer stopper (même pas détruire) Bitcoin. Notons qu’en 2026 il est possible pour un particulier d’avoir son propre nœud Bitcoin et cela pour 200 à 600 euros.

Bon, il y a plus de 20 000 nœuds publics Bitcoin à travers le monde, mais où sont-ils ?

Ci-dessous une carte des nœuds publics de Bitcoin en 2026 [11] :

La majorité des nœuds publics Bitcoin se trouvent en Amérique du Nord, en Europe, puis les seconds se trouvent en Asie, en Amérique du Sud et en Océanie, enfin l’Afrique est le continent avec le moins d’utilisateurs d’internet.

Il est intéressant de savoir où sont les nœuds publics de Bitcoin mais concrètement où sont les « Hodlers » (détenteurs) de bitcoins ? Ci-dessous une carte mondiale du nombre de « Hodlers » Bitcoin [12] :

La majorité des « Hodlers » de bitcoins se trouvent en Amérique du Nord et en Asie, puis en Amérique du Sud et en Europe, enfin l’Afrique est le continent avec le moins de détenteur de Bitcoin. Il est dommage que cette carte ne donne pas le pourcentage de « Hodlers » par rapport à la population.

Conclusion

L’évolution de Bitcoin partage des caractéristiques communes avec celle d’internet et du partage de fichiers P2P. Si l’on considère que le début d’internet a commencé en 1974 (invention de TCP/IP) ou 1989 (Tim Berner-Lee crée HTML) et que sa massification a eu lieu dans les années 2010 alors l’adoption d’internet a pris environ 20 à 30 ans. Si l’on considère que le début de Bitcoin a commencé en 2008 (Satoshi Nakamoto publie le papier blanc de Bitcoin), alors, en 2026, Bitcoin a 18 ans. Soit l’adoption de Bitcoin est bien en retard comparé à celle d’internet, soit nous ne sommes qu’au début de l’adoption de masse. D’autre part, Bitcoin comme le partage de fichier P2P partage un côté sulfureux (remise en cause de pans entiers de l’économie) et sont tous deux des « niches » d’internet. Ainsi, soit au maximum d’ici 2040 Bitcoin connaît une adoption de masse comme internet soit Bitcoin reste un protocole de niche comme les torrents pour le partage de fichiers P2P.

Références

[1] https://www.internetsociety.org/internet/history-internet/brief-history-internet/
[2] https://gocoding.org/what-is-internet/
[3] https://solidnames.fr/quel-est-le-nombre-de-noms-de-domaine-dans-le-monde-en-2024/
[4] https://prakash-nimmala.blogspot.com/2012/04/domain-naming-system-dns.html
[5] https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_the_Internet
[6] https://en.wikipedia.org/wiki/Peer-to-peer_file_sharing
[7] https://www.educba.com/evolution-of-torrenting/
[8] https://www.publish0x.com/crypto4friends/5-the-history-behind-bitcoin-and-cryptocurrencies-xvrpozz
[9] https://bitcal.21ideas.org/posts/Pre-Bitcoin/
[10] https://bitnodes.io/charts/10y/
[11] https://bitnodes.io/
[12] https://plasbit.com/blog/bitcoin-adoption-by-country


A propos de l’auteur

Thomas Mang, ancien doctorant au CEA de Grenoble, est ingénieur en Photonique depuis 2017. Passionné par les technologies du numérique (l’impression 3D, Bitcoin), il s’y intéresse non pas à travers le prisme des « sciences dures » mais par les sciences humaines : l’histoire ou l’anthropologie.

BTC : bc1qs7fw8mnllx3d4tt4fu3m2qv4lueg9kqx0uk0xa

Article sous licence CC BY-NC – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale