Bitcoin n’est pas un monolithe figé. Le protocole a évolué à travers plusieurs phases, passant d’un logiciel expérimental à une infrastructure financière robuste. Dans une approche socratique privilégiant le dialogue, Gustave nous a proposé, lors de la conférence BCE-BIP21 de février 2026, de parcourir ce cheminement technique. Voilà une synthèse (partielle et imparfaite) de cette présentation :
Qu’est-ce que le Consensus ?
Le consensus est l’ensemble des règles impératives qui déterminent la validité des structures de données de Bitcoin. Cela inclut :
- Les en-têtes (preuve de travail, version du bloc).
- Les blocs (sous-ensemble ordonné de transactions).
- Les transactions (entrées et sorties).
Ces règles fixent des limites strictes, comme le plafond de 21 millions de bitcoins ou la taille maximale des blocs. Il ne faut pas les confondre avec les règles de police (« standardness »), qui sont des restrictions supplémentaires (un sur-ensemble) appliquées par les nœuds pour se protéger contre les attaques par déni de service.
Le Paléolithique (2009 – 2011) : L’ère de Satoshi
Durant cette période, le logiciel ne possède qu’une seule implémentation maintenue par Satoshi Nakamoto. La logique de validation évolue rapidement pour corriger des bugs à la volée.
Parmi les changements majeurs de consensus de cette ère, on note :
- La désactivation de certains opcodes comme
OP_RETURN(v0.3.5) etOP_CAT(v0.3.10). - L’évaluation dissociée du
scriptSiget duscriptPubkey. - L’introduction de la célèbre limite de 1 MB sur la taille des blocs.
Le Néolithique (2012 – 2013) : La Solidification
Cette ère marque le passage à un processus d’activation explicite (via des « flag days ») et un nettoyage de la dette technique.
- BIP 16 (Pay to Script Hash – P2SH) : Ce changement introduit un engagement cryptographique plutôt que d’afficher le verrou (Script) en clair dans la chaîne. Désormais le script reste caché derrière son empreinte hachée jusqu’au moment de la dépense.
- BIP 30 et 34 : Ces propositions visent à résoudre le problème des transactions dupliquées. Le BIP 34 impose désormais d’inscrire la hauteur du bloc dans la transaction coinbase, garantissant ainsi l’unicité de chaque transaction.
L’Antiquité (2014 – 2016) : Sophistication et Temps
Cette période se concentre sur l’extension des cas d’usage, notamment via des verrouillages temporels.
- BIP 65 (OP_CHECKLOCKTIMEVERIFY) : Permet de rendre le champ
nLocktime(temps absolu) accessible au Script, retardant la dépense de fonds jusqu’à une date précise ou une hauteur de bloc donnée. - BIP 66 (Strict DER signatures) : Impose une forme canonique aux signatures ECDSA pour éviter la malléabilité.
- BIPs 68, 112, 113 : Introduisent la vérification temporelle relative (
OP_CHECKSEQUENCEVERIFY), permettant de délayer une dépense par rapport au moment où la transaction parente a été incluse dans la chaîne.
La Renaissance (2017) : Le Changement Paradigmatique
L’année 2017 marque une rupture avec l’arrivée de Segregated Witness (SegWit) via le BIP 141.
L’innovation majeure consiste à séparer la preuve de déverrouillage (le témoin ou « witness ») de l’identifiant de la transaction. Cela résout définitivement le problème de la malléabilité, permettant la création de chaînes de transactions intangibles, essentielles pour des technologies comme le Lightning Network.
Vers les Temps Modernes (2018 – 2021) : Taproot
Dans la continuité de SegWit, cette nouvelle période introduit des mécanismes facilitant la gestion des clés en groupe et améliorant la confidentialité.
- BIP 340 : Signatures Schnorr pour la courbe secp256k1.
- BIP 341 et 342 : Règles de dépense Taproot (SegWit version 1).
Conclusion : Un Protocole en Quête de Stabilité
L’ingénierie de Bitcoin repose sur une évolution prudente et structurée. L’histoire du consensus montre que la stabilité du réseau est primordiale. D’abord centralisé, puis chaotique, le processus de modification s’est structuré et normalisé au fil du temps. Chaque changement vise soit à réduire la dette technique, soit à introduire de nouveaux cas d’usage, soit à renforcer la sécurité globale face à des menaces émergentes.



